• Pakistan: Un nouveau Premier Ministre qui s'éloigne du FMI,des USA,de Ryad et change radicalement de politique

    On va se passer du FMI : Pakistan

    350622_5692917_updatesLa presse (des dominants occidentaux) n’a eu de cesse de qualifier le nouveau Premier Ministre du Pakistan, de populiste et de play-boy richissime qui flirte avec les Talibans et de surcroît il serait sans expérience politique. Loin d’être un jeune novice, il avait créé un parti politique dès 1996, le Mouvement pour la justice au Pakistan (PTI) dont il a centré le programme sur la lutte contre la corruption et le favoritisme. Imran Khan, d’origine pachtoune, plaide pour le développement des services publics et s’inspire des principes de l’Islam pour faire advenir une social-démocratie à la scandinave.

    Il défend l’idée d’une réconciliation avec le voisin indien et espère ramener la paix en Afghanistan. Il a de tout temps condamné les relations développées avec les Usa et le Royaume Uni et s’est fait connaître par son opposition aux politiques étrangères de ses prédécesseurs qui n’ont pas su empêcher ni limiter l’activité meurtrière des drones étasuniens dans les zones tribales. La dépendance vis-à-vis du FMI pour l’obtention de prêts, plus de onze plans depuis la fin des années1980, explique pour une bonne part cette perte de souveraineté consentie par des dirigeants corrompus sur une partie du territoire national.

    Imran Khan a été élu sur fond d’une nouvelle crise économique avec fonte de la réserve des devises étrangères, une monnaie malmenée, un déficit budgétaire de 10% et des difficultés à payer les dettes et les importations.

    Les Usa ont prévenu d’emblée que les ‘dollars du FMI’ ne seront pas versés pour payer une dette colossale contractée ‘sans transparence’ avec la Chine. Dépités d’être tenus en dehors du très gros programme d’un montant de 55-60 milliards de dollars de construction d’infrastructures, routes, voies ferrées et port en eau profonde de Gwadar. Tous ces travaux permettront l’accès de la Chine à l’entrée du golfe arabo-persique par une route qui culminera à plus de 4500 m et viendra desservir cet ancien port de pêche du Baloutchistan situé à 80 km de l’Iran. Leur financement est en réalité assuré à 80% par la Chine. L’exploitation et la gestion du port, confiées dans un premier temps à un consortium pro-américain le Port of Singapore Authority, sont passées ensuite discrètement entre les mains de la Chine. Peu désireux d’exposer ses intentions et d’irriter l’Inde, le gouvernement chinois insiste pour dire que le  port est à vocation purement commerciale alors que des spéculations vont bon train sur la construction d’une base navale au large de Gwadar.  Cette perspective de l’utilisation militaire de Gwadar répond au souhait émis par le ministre de la défense du Pakistan au lendemain de l’intervention étasunienne à Abbottabad en 2011 qui s’est soldée par l’assassinat de Ben Laden au corps balancé en haute mer. L’armée et les services de renseignements jusque là relai et cheville ouvrière sérieuse des Séoud et des Usa devant cet acte de lèse souveraineté majeur ont commencé à revoir leurs alliances. D’autant que l’implication du Pakistan en Afghanistan devait être récompensée par l’annexion-attribution des provinces adjacentes mais la guerre s’est révélée ingagnable contre les résistants à l’occupation américaine Les Usa ont récemment suspendu leur aide militaire au Pakistan et ce dernier a refusé de participer à la coalition montée par les Séoud contre le Yémen.

    De façon imperceptible, la Chine s’est imposée comme premier investisseur et partenaire commercial avec l’Afghanistan. Engagée dans la construction d’une voie ferrée et dans l’exploitation de minerais du sous-sol afghan, 8 milliards pour contrôler la mine de cuivre d‘Aynak la Chine prétend jouer un rôle dans l’assainissement des relations entre l’Afghanistan et le Pakistan. Destiné à stabiliser la région autonome du Xinjiang peuplé par les Ouïghours qui ont fourni un contingent appréciable à Daesh en Syrie et en Irak, Pékin envisage d’établir une base militaire conjointe avec le gouvernement afghan sur leur frontière commune. Voici un gros œil de pris, ou constitution d’un fermé topologique, selon une stratégie du jeu de go, silencieuse et efficace. Contrôle du wahhabisme arrivé depuis l’époque des moujahiddines de Brzezinski dans cette province, endiguement de la présence américaine aux contours de plus en plus imprécis, autonomisation du gouvernement afghan vis-à-vis de l’aide internationale, intérêt économique pour les gisements afghans, sécurité accrue pour le futur couloir qui débouche sur Gwadar.

    L’ancien champion de cricket est parvenu au pouvoir par les urnes dans tout ce contexte de désinsertion du Pakistan vis-à-vis de l’emprise étasunienne non sans le consentement au moins d’une partie de l’armée et du redoutable service de renseignement, l’ISI. Un attentat est si vite arrivé. Lors des dernières consultations électorales, en 2013, Imran Khan a dû se retirer après un problème de fracture osseuse survenue pendant sa campagne.

    Le FMI conditionne le renflouement de l’Etat pakistanais à l’application par celui-ci de ses programmes habituels d’austérité et de privations des entreprises publiques ce qui est à l’exact opposé du programme du PTI, construire un Etat providence ‘islamique’ ce qui implique une augmentation et non une réduction de l’engagement financier public.

    Outre que près de deux cents compagnies devraient être cédées au secteur privé, en particulier la compagnie aérienne Pakistan International Airlines lourdement déficitaire, le FMI exige de connaître dans ses moindres détails les termes du contrat de prêt chinois pour la construction des infrastructures, ce que Pékin refuse de révéler.

    D’autres possibilités se dessinent pour le futur gouvernement de coalition pour sortir le Pakistan de cette spirale où la balance des paiements ne peut plus assurer que deux mois d’importations. Un fonds privé qui ferait appel à la diaspora pakistanaise pour souscrire à des actions ‘islamiques’ gérerait les firmes publiques qui resteraient ainsi entre les mains de la nation.

    Le Pakistan espère de la Chine un prêt-relai de 8 milliards, également sollicitée pour accepter le paiement en monnaie pakistanaise au lieu du dollar des importations nécessaires au couloir sino-pakistanais. Le nouveau gouvernement propose aux Séoud le renouvellement d’un mécanisme de paiement différé de l’importation des hydrocarbures et la Banque Islamique de Développement basée en Arabie des Séoud  accorde des facilités de 4,5 milliards de dollars sur 3 ans. La Chine a d’emblée ouvert une ligne de secours de 2 milliards de dollars.

    Il suffit d’observer le volume de ventes d’armement étasunien au Pakistan qui ne cesse de diminuer depuis 2010 et celui vendu par la Chine en augmentation constante pour se convaincre que l’alliance sino-pakistanaise est solide, confirmée par les exercices militaires conjoints. Le Pakistan semble définitivement sorti de l’orbite étasunienne.

    Badia Benjelloun

    (*) L’essentiel des données citées ont été prises dans cette étude d’Elsa Lafaye De Michaux.

    source:http://www.dedefensa.org/article/ancrage-a-la-chine-de-lislam-asiatique

     

    Voir aussi sur cet article l'Iran, et la Malaisie

    https://reseauinternational.net/ancrage-a-la-chine-de-lislam-asiatique/

     

    Voir aussi :

    https://www.presstv.com/ DetailFr/2018/08/12/570991/ Etats-Unis-Iran-Turquie- Russie-Chine-Pakistan- sanctions-pression- economiques-alliance

     

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