• Alerte ! On massacre la langue française, sa finesse, et l'histoire littéraire ! Et on n'enseigne plus la langue française à travers sa littérature ! Tout est "transformé" !

     <p>Alain Borer chez lui &#224; Chambon (Indre-et-Loire) le 22&#160;octobre 2017. &#160;&#160;</p>

    « La fin du passé simple, c'est la perte d'une nuance de l'esprit »

     

    ENTRETIEN. Alors que le passé simple disparaît peu à peu des manuels scolaires et des romans, l'essayiste Alain Borer tire la sonnette d'alarme.

     

    Propos recueillis par
    Publié le 19/12/2017 à 06:14 | Le Point.fr

    Le passé simple serait-il un temps en voie de disparition ? Affirmatif, selon l'amoureux de la langue française Alain Borer, auteur en 2014 de De quel amour blessée, Réflexions sur la langue française (Gallimard). Après la perte du subjonctif, qu'il date des années cinquante, le passé simple serait lui aussi en train de disparaître de la langue française. Loin d'être une querelle de linguistes, la mort programmée de ce temps aura, selon le spécialiste d'Arthur Rimbaud, des conséquences dramatiques, dont la difficulté d'accès aux grands textes pour les plus jeunes.

    Le Point : Le passé simple ne s'apprend plus qu'aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel en début de collège, la littérature jeunesse se lit de plus en plus au présent et au passé composé… Vous-même, qui êtes juré dans cinq prix littéraires, vous constatez ce recul du passé simple dans la littérature contemporaine. Comment expliquer ce désamour ? Est-ce dû à la complexité de ce temps dit « simple » ?

    Alain Borer : Comme le russe ou l'arabe, la plupart des langues du monde, en effet, ne distinguent que trois temps : le passé, le présent, le futur. À leur différence, la temporalité des langues romanes, et notamment celle de la langue française, s'attache à situer le sujet parlant dans des situations temporelles de haute précision, comme le futur antérieur ou le plus-que-parfait, qui permettent des nuances, des fictions, des analyses, d'une subtilité précieuse. Telle est la grande découverte – la grande difficulté, aussi, pour les enfants comme pour les étrangers qui apprennent notre langue – que font par exemple les Asiatiques en apprenant le français : qu'il y a DES passés différents, alors que le passé dans les langues idéogrammatiques ne se déduit que du contexte.

    La Chanson de Roland, écrite en l'an mille, rapporte des faits qui ont eu lieu deux siècles auparavant : le passé simple permet de fournir, même dans un récit au présent un imparfait à l'intérieur du passé : « Alors pleurèrent cent mille chevaliers » ! Ou Flaubert : « Il partit. Il voyagea. Il revint. » Tel est le temps par excellence du récit (qui n'a rien de commun avec le passé composé : il est parti, il a voyagé, il est revenu), qui constitue par conséquent un trésor pour la littérature.

    Le passé simple traîne une réputation de temps élitiste, bourgeois voire aristocratique. Pourtant, on l'employait autrefois à l'oral et encore aujourd'hui dans les langues régionales.

    Le passé simple se lisait dans des millions de lettres de poilus entre 1914 et 1918, s'entendait dans les campagnes à l'époque de Racine, et se trouvait encore dans les colonnes du journal L'Équipe jusqu'à ces temps récents ! Il s'agit d'une pensée de la temporalité par une communauté de représentations, élaborée pendant mille ans (datation du grammairien belge Hanse), c'est-à-dire d'une vision anthropologique particulière, et par extension, d'une question de civilisation. En ce sens, le disparition en cours du passé simple n'est pas dissociable de la disparition des autres temps de la conjugaison, plus-que-parfait et futur antérieur, à l'indicatif et totalement au subjonctif.

    Vous dites que la disparition du passé simple s'inscrit dans un mouvement plus large : celui de la disparition du vidimus. Qu'est-ce donc ?

    J'ai identifié le vidimus comme étant la caractéristique principale de la langue française. Vidimus signifie la vérification par l'écrit (les accords, qui ne se prononcent pas ou bien se font entendre et ont valeur sémantique). Par exemple : « ils entrent ». Nous faisons entendre le S de la conjugaison (ilZ) et ne prononçons pas ENT. C'est une des difficultés de la langue française, alors que dans toutes les autres langues, tout se prononce. Cesser de transmettre le vidimus : rien n'est plus grave. La ministre Vallaud-Belkacem, en déclarant que « la grammaire est négociable », est assurée de casser le logiciel même de la langue française en deux générations.

    L'Éducation nationale serait une des responsables de la disparition du passé simple ?

    Oui, pour des raisons politiques, l'Éducation nationale, depuis le collège unique, avec des ministres idéologues, comme Jospin et Vallaud-Belkacem, ignorants militants de la langue française, y a participé. De plusieurs façons : en n'enseignant plus la langue française à travers sa littérature (mais par des articles de presse, de la littérature jeunesse, voire du rap) et en réduisant le nombre d'heures d'enseignement de français. L'association Sauver les lettres a montré qu'un enfant scolarisé aujourd'hui reçoit, rien qu'en primaire, 630 heures de français de moins qu'un enfant des années 1960. Presque deux ans !

    À l'heure d'Internet et des intelligences artificielles, le passé simple a-t-il encore sa place ?

    Le monde numérique implique la rapidité des échanges et la réduction des messages. Et la dimension virtuelle confond par principe le fait et l'hypothèse, c'est-à-dire ne distingue plus entre le fait et l'hypothèse, entre l'indicatif et le subjonctif. Cette temporalité approximative se substitue à la précision des temps de langue française évoqués, de même que l'imparfait et le passé composé écrasent les autres nuances temporelles. Cela relève de ce que j'appelle le réchauffement sémantique – le passage d'une langue « froide », analytique, précise, à une langue « chaude », approximative et supposée plus « rapide » : phénomène par lequel la langue française tend à imiter l'anglais.

    Las, le passé simple comme l'imparfait du subjonctif : (« Lola n'avait plus qu'à goûter les beignets avant qu'on les expédiât… », Céline, Voyage au bout de la nuit) paraissent des nuances trop compliquées pour des sociétés saisies de rapidité et dépourvues de précision.

    Quelles seraient les conséquences d'une disparition totale du passé simple ?

    La perte du passé simple, dans l'usage comme dans l'apprentissage, coupe les générations à venir de leur histoire littéraire, en l'occurrence du plus grand trésor de littérature que constitue la littérature française ; elle oralise la langue au détriment du vidimus, c'est-à-dire qu'elle prépare la langue française à devenir une langue comme toutes les autres : dans laquelle tout se prononce. Et donc, moins attractive : on apprenait la langue de Molière pour lire Rimbaud ou Proust, pas pour dire bouster, checker, liker…

    Plus grave encore, la perte du passé simple, après celle du subjonctif, c'est surtout pour chaque locuteur la perte d'une nuance de l'esprit, d'une précision fine, la perte de ce que l'on appelle l'heuristique : la capacité de mettre au point sa propre pensée.

     

    http://www.lepoint.fr/societe/la-fin-du-passe-simple-c-est-la-perte-d-une-nuance-de-l-esprit-19-12-2017-2181037_23.php

     

    ;


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    gerfaut-T57
    Jeudi 28 Décembre 2017 à 12:55

    Mon accord plein et entier à l'auteur du texte ci-dessus, pour sa protestation (euphémisme) légitime quant à

    la corruption planifiée de la plus universellement magnifique langue sur terre = la notre= LA LANGUE FRANCAISE.

    Eh! oui, la charrette qui emmène vers l'échafaud l'ensemble du PATRIMOINE qui constitua depuis des lustres

    notre nation est arrivée place de grèves ! Que les émules "des docteurs Guillotin" se réjouissent, mais, il nous

    restera un droit inaliénable = celui de penser en nous exprimant ! Et personne, je dis bien personne , ne pourra

    s'y opposer !!!  La langue Française en toutes ses expressions réflète la grandeur de L'âme de la nation.

    2
    gerfaut-T57
    Jeudi 28 Décembre 2017 à 13:15

                 COMMENTAIRE  REDIGE =  MAIS .....CENSURE  !!!  ben voyons  !!!

    3
    Jeudi 28 Décembre 2017 à 15:05

    Gerfaut, désolée, il arrivait plein de commentaires "pubs" d'un sorcier promettant la guérison, pour y échapper je bloque puis je modère ensuite. Donc tous les commentaires passent par moi d'abord, pour échapper à la dizaine de messages, chaque jour, de ce cinglé. Suis-je excusée ? Et merci beaucoup pour ton beau commentaire ! cordialement eva-chantal

    4
    Dimanche 14 Janvier à 04:47

    Les arguments donnés pour la suppression de l'optatif ("que je fisse") et de l'aoriste ("je fis") sont complètement fallacieux.  Souvent on allègue l'influence de l'anglais commercial.  Faux!  L'usage anglais commercial américain exige le subjonctif de façon assez formelle (ex: "I recommend he come back at once") et use abondamment et spontanément de l'optatif (ex: "I would be glad that the should come back"), tournures qui dans la langue commerciale ne suggèrent rien de pédant mais juste un soupçon de tenue sérieuse sans plus du genre qui rassure le signataire de contrats.  L'anglais utilise pour les narrations un passé simple bon à tout faire et aussi automatiquement employé que l'aoriste grec, donc son influence n'y est pour rien dans la chute de l'aoriste français, qui est toutefois il faut le dire d'un sens plus restreint (grande distance avec le présent, pour relater des événements dont on n'est pas témoin le plus direct mais pour parler desquels on dépend de documents ou de souvenirs demandant un certain effort à reconstituer, presque exactement comme l'aoriste sanskrit) qu'en grec et en anglais.  Certains vont alléguer que les formes conjuguées de ces deux temps sont difficiles et demandent trop de mémorisation outre qu'elles prêtent aux calembours.  Faux!  Un des temps de narration les plus utilisés par LaFontaine ainsi que plus tard par la Comtesse de Ségur était l'infinitif de narration ("les grenouilles de plonger..."), sa formation est d'une facilité triviale, et pourtant il a subi encore plus vite que l'aoriste dont il était presque une forme de rechange le même sort de désuétude.  La langue française moderne multiplie à l'envi pour les tâches journalières et pour les domaines de curiosité populaire des termes importés du grec (ou encore de langues très exotiques comme l'allemand) de plus en plus difficiles à prononcer et orthographier, contre lesquels personne ne se rebiffe quand ils jettent un parfum d'expertise et de mystère.  On ne dit plus l'articulation mais l'orthogenèse d'un concept de programmation, on ne dit plus lampe dans un for micro-ondes mais klystron, tout le monde avale et régurgite.  Il est donc clair qu'une volonté délibérée d'abâtardir la langue française est à l'oeuvre, avec le but de rendre l'accès aux textes classiques de plus en plus techniquement impossible.  Même si l'optatif était peu utilisé, tous étaient conscients de sa présence dans la langue, même très vernaculaire, comme c'est la tendance dans toutes les langue indo-européennes de dériver l'optatif de la même forme verbale que le passé.  Sa mise au rancart fut le résultat d'un travail publicitaire mené au sein de la bonne société la plus en contact avec l'oligarchie, mené à grands renforts de citations d'experts en linguistique (les mêmes qui ont recommandé à cor et à cri les méthodes globales d'apprentissage de la langue aux enfants et aux étrangers, avec les résultats misérables voulus que l'on connaît).  Il est à noter que les autres langues romanes n'ont procédé à aucun recul de leurs formes optatives, et que les personnes peu éduquées mais soucieuses de politesse l'y emploient abondamment pour adoucir l'expression de leur ego dans l'expression de leurs souhaits et demandes.  L'optatif tombé, on ne s'est pas arrêté en si bon chemin : on interdit presque par décret et de façon beaucoup plus catégorique l'emploi de l'aoriste, par des méthodes dignes de la brutalisation organisée du mandarin pendant la Révolution Culturelle de Mao.  La dégradation de la langue qu'on disait provenir d'un laisser-aller populaire naturel résulte clairement de l'application d'un plan.

    5
    Vendredi 19 Janvier à 04:14

    Merci Miville pour ce superbe commentaire. Je l'ai tweeté (extraits en deux tweets) et renvoyé à ici

    cordialement chantal (eva)

    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :