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    Et si la Gauche était différente de ce que l'on pense ? Raciste, colonialiste, par exemple ?

     

    Les fondements historiques et idéologiques du racisme « respectable » de la « gauche » française

     

    La libération de la parole et des passages à l’acte islamophobe depuis les attentats de janvier 2015 révèlent l’ampleur du « racisme respectable » au sein de la gauche française. Cela nous conduit à republier un de nos textes, publié pour la première fois en avril 2012 dans la revue Que faire 

    par Said Bouamama 

    Prise de position en faveur d’une loi sur le foulard à l’école en 2004, soutien plus ou moins assumé et plus ou moins net aux interventions impérialistes en Afghanistan, en Irak, en Libye, thématique de l’intégration pour penser les questions liées à l’immigration, approche dogmatique de la laïcité découplée des enjeux sociaux, etc.

    Ces quelques exemples contemporains de positions d’organisations et de partis se réclamant de la « gauche » et même de « l’extrême gauche », font écho à d’autres plus lointains : absence ou dénonciation ambiguë de la colonisation, absence ou ambigüité du soutien aux luttes de libérations nationales dans la décennie 50, silence assourdissant pendant des décennies sur les massacres coloniaux de la conquête au 17 octobre 1961 en passant par les crimes de Madagascar (1947), du Cameroun (1955-1960), etc. Les constantes sont telles entre hier et aujourd’hui, qu’il nous semble nécessaire d’en rechercher les causes idéologiques et matérielles. Il existe des héritages encombrants qu’il convient de rendre visible, faute de quoi les reproductions des mêmes pièges idéologiques se déploient et aboutissent aux mêmes cécités et aux mêmes impasses politiques.

    Une hégémonie culturelle assise depuis le 19e siècle

    L’hégémonie culturelle est un concept proposé par Antonio Gramsci pour décrire la domination culturelle des classes dominantes. Le concept s’inscrit dans l’analyse des causes du non développement des révolutions annoncées par Marx pour les pays industrialisés d’Europe en dépit de la vérification des conclusions économiques de Marx (crise cycliques, paupérisation de la classe ouvrière, etc.). L’hypothèse de Gramsci est que cet « échec » des révolutions ouvrières est explicable par l’emprise de la culture de la classe dominante sur la classe ouvrière et ses organisations. La classe dominante domine certes par la force mais aussi par un consentement des dominés culturellement produit. L’hégémonie culturelle de la classe dominante agit par le biais de l’État et de ses outils culturels hégémoniques (écoles, médias, etc.) pour produire une adoption par la classe dominée des intérêts de la classe dominante. L’hégémonie culturelle décrit donc l’ensemble des processus de production du consensus en faveur des classes dominantes.

    La radicalité des luttes de classes dans l’histoire française (Révolution antiféodale radicale en 1789-1793, Insurrection de juillet 1830, Révolution de février 1848, et enfin et surtout la Commune de Paris) a amené la classe dominante à comprendre très tôt que son pouvoir ne pouvait pas être assuré uniquement par la force des armes et de la répression (ce que Gramsci appelle la domination directe). Le processus de construction d’un « roman national » fut mis en œuvre afin d’assurer l’hégémonie culturelle de la classe dominante (domination indirecte). Les ingrédients de ce roman national sont essentiellement la diffusion de « légendes nationales » : pensée des Lumières, Révolution française et Déclaration des droits de l’homme, école républicaine et laïcité, etc. À la différence du mythe, la légende s’appuie sur quelques faits historiques identifiables qui sont absolutisés. La mise en légende se réalise par occultation des contradictions et enjeux sociaux, négation de l’histoire et transformation de résultats historiques (avec leurs contradictions, leurs limites, etc.) en caractéristiques permanentes et spécifiques de la « francité », du « génie français », de la « spécificité française », du « modèle français », etc.

    L’objectif de l’hégémonie culturelle étant de produire du consensus en faveur des classes dominantes, c’est bien entendu à l’intention des classes dominées et de leurs organisations que sont produites et diffusées les légendes nationales (modèle français de laïcité, modèle français d’intégration, pensée des Lumières comme caractéristique typiquement « française », abrogation de l’esclavage comme volonté de l’état français et non comme résultat de la lutte des esclaves, colonisation française posée comme différente des autres dans ses aspects « humanitaires » et « civilisateurs », etc.). La question n’est donc pas celle du jugement des faits, des hommes et des opinions de la pensée des lumières ou de la Révolution française par exemple. Ces événements et ces pensées sont inscrits dans l’histoire et les hommes de ces périodes ne pouvaient penser le monde qu’avec les données de leurs époques. En revanche le maintien d’une approche non critique, non historicisée, essentialisée, etc. de ces processus historiques est à interroger dans ses causes et dans ses effets désastreux contemporains. Sans cette approche critique, les légendes de la classe dominante s’inscrivent comme données d’évidence dans les lectures de la réalité contemporaine, deviennent des représentations sociales qui déforment la réalité, produisent des logiques de pensées qui empêchent de saisir les enjeux sociaux et les contradictions sociales. Sans être exhaustif abordons deux des légendes de l’hégémonie culturelle construite au 19e siècle et qui ont fortement imprégnées les organisations de « gauche ».

    L’absolutisation de la pensée des Lumières et de la Révolution française

    Les Lumières désignent un courant d’idées philosophiques en Europe qui a connu son apogée au dix-huitième siècle. Ce courant se caractérise par un appel à la rationalité et le combat contre l’obscurantisme. En libérant l’homme de l’ignorance et de la superstition, il s’agit de le faire penser par lui-même et ainsi de le faire devenir adulte. Ces dimensions communes aux différents philosophes des Lumières n’empêchent pas son hétérogénéité. La philosophie des Lumières est parcourue de « courants » correspondant aux intérêts sociaux divers de l’époque. L’absolutisation de la pensée des Lumières commencent ainsi par l’homogénéisation d’une pensée contradictoire. Mais la philosophie des Lumières est également bornée historiquement.

    Elle se déploie, non pas comme logique pure, mais comme logique de pensée inscrite dans une époque précise. C’est d’ailleurs la première critique qui lui est faite par Marx et Engels qui veillent à la mettre en correspondance avec les intérêts sociaux qui la suscitent et la portent : « Les philosophes français du XVIIIe siècle, eux qui préparaient la Révolution, en appelaient à la raison comme juge unique de tout ce qui existait. On devait instituer un État raisonnable, une société raisonnable ; tout ce qui contredisait la raison éternelle devait être éliminé sans pitié. Nous avons vu également que cette raison éternelle n’était en réalité rien d’autre que l’entendement idéalisé du citoyen de la classe moyenne, dont son évolution faisait justement alors un bourgeois. Or, lorsque la Révolution française eut réalisé cette société de raison et cet État de raison, les nouvelles institutions, si rationnelles qu’elles fussent par rapport aux conditions antérieures, n’apparurent pas du tout comme absolument raisonnables. L’État de raison avait fait complète faillite » [1]. Les droits de l’Homme pour leur part sont caractérisés comme les droits d’un homme abstrait, d’un homme bourgeois, d’un homme égoïste : « L’homme réel n’est reconnu que sous l’aspect de l’individu égoïste et l’homme vrai que sous l’aspect du citoyen abstrait » [2].

    la gauche française

    Depuis cette première critique de l’universalisme des Lumières, d’autres sont venues la compléter : la critique féministe a souligné « les présupposés androcentriques, racistes, économiques et anthropologiques de la philosophie européenne du siècle des Lumières » [3] ; le caractère ethnocentrique de la pensée des Lumières a également été dénoncé en soulignant que « là où nous lisons « homme », « humanité », « citoyenneté », c’est de l’humanité blanche et européenne que nous parlent les Lumières. Certes, dans les Lumières pourtant les premières lueurs de nos valeurs. À condition d’ignorer la traite, la négritude, l’esclavage » [4]. L’universalisme des lumières apparaît ainsi très peu universel que ce soit à l’interne (universalisme masculin du droit de vote jusqu’à l’après seconde guerre mondiale, universalisme excluant les ouvriers du droit de vote jusqu’en 1848) et à l’externe (code noir, code de l’indigénat, etc.).

    Au travers de l’absolutisation de la pensée des Lumières et de la Révolution française, la classe dominante vise à présenter l’histoire française comme n’étant pas le résultat des affrontements sociaux mais comme résultat du déploiement d’un « génie » et/ou d’une « spécificité » française transversal aux différentes classes sociales. Il y aurait ainsi des caractéristiques proprement françaises qui situeraient cette nation au dessus des autres, en avance sur les autres, en avant-garde de l’émancipation et de la civilisation. Bref il s’agit de produire un complexe chauvin pour canaliser les luttes sociales à un moment où se déployait la colonisation violente du monde. L’offensive idéologique visant à ancrer l’idée d’une exceptionnalité/supériorité française est tout azimut et a malheureusement en grande partie réussie. Voici comment par exemple Karl Marx raille la prétention de la « gauche française » à l’exceptionnalité linguistique et républicaine :

    « Les représentants (non ouvriers) de la « Jeune France » soutenaient que toutes les nationalités et les nations étaient des « préjugés surannés ». Stirnérianisme proudhonisé : on répartit tout en petits « groupes » ou « communes » qui forment ensuite une « association » et non pas un état. Et tandis que se produit cette individualisation de l’humanité et que se développe le « mutualisme » adéquat, l’histoire des autres pays doit suspendre son cours et le monde entier attendra que les Français soient mûrs pour faire une révolution sociale. Alors ils effectueront sous nos yeux cette expérience, et le reste du monde, subjugué par la force de l’exemple, fera de même. (…) Les Anglais ont bien ri quand j’ai commencé mon discours en disant que notre ami Lafargue et ceux qui avec lui supprimaient les nationalités, s’adressaient à nous en français, c’est-à-dire une langue que les 9/10e de l’assistance ne comprenaient pas. Ensuite, j’ai signalé que Lafargue, sans s’en rendre compte, entendait apparemment par négation des nationalités leur absorption par la nation française modèle » [5].

    la gauche française 2

    L’universalisme des Lumières apparaît ainsi très peu universel que ce soit à l’interne : universalisme masculin du droit de vote, etc. [ou] à l’externe : le code noir, le code de l’indigénat, etc.

    La construction du consensus colonialiste

    L’offensive idéologique de la classe dominante a créé l’espace mental qui a permis la colonisation. L’image des autres cultures et civilisations diffusée par la pensée des Lumières et amplifiée par la Troisième République, de même que l’idée d’être l’avant-garde de l’humanité ont préparé les esprits à la conquête : « il existe un espace mental qui, d’une certaine façon, préexiste à l’instauration de l’ordre colonial, espace essentiellement composé de schèmes de pensées à travers lesquels est reconstruite la coupure entre les occidentaux et les Autres – les schèmes Pur/Impur, Bien/Mal, Savoir/Ignorance, Don d’Amour/Besoin d’Amour. La perception de l’Autre comme un être dans l’enfance de l’humanité, confiné aux ténèbres de l’ignorance comme l’incapacité à contenir ses pulsions informe la pensée coloniale et la connaissance anthropologique » [6].

    De fait l’opposition aux guerres de conquêtes coloniales fut à la fois faible et tardive. Les quelques voix anticoloniales comme celles de Georges Clémenceau et de Camille Pelletan restent isolées et marginales. L’imprégnation coloniale est profonde comme en témoigne le rapport adopté à l’unanimité au congrès interfédéral d’Afrique du Nord du parti communiste en septembre 1922 : « L’émancipation des indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la révolution en France (…). La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que les indigènes n’ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d’accéder aux conceptions communistes. (…). Elle est dangereuse (…) parce qu’elle provoquerait la démission de nos groupements » [7].

    Certes ces positions furent condamnées par la direction du PCF et peu après les militants communistes donnaient un exemple d’internationalisme dans l’opposition à la guerre du Rif en 1925, mais leur simple existence témoigne de l’imprégnation de l’imaginaire colonial jusque dans la gauche la plus radicale de l’époque. Le reste est connu : abandon du mot d’ordre d’indépendance nationale à partir du Front populaire, promotion de l’Union française après 1945, vote des pouvoirs spéciaux en 1956. En dépit de ces positions, le PCF a été le seul à avoir eu des périodes anticolonialistes conséquentes. La S.F.I.O. pour sa part est ouvertement colonialiste : « à l’exception de quelques individualités « anticolonialistes », la majorité du parti socialiste s’est ralliée à l’idée d’une colonisation « humaine, juste et fraternelle » et refuse de soutenir les nationalismes coloniaux qui attisent la haine des peuples, favorisent les féodaux ou la bourgeoisie indigène » [8].

    Des héritages encombrants toujours agissants

    Au cœur de la pensée des Lumières puis du discours colonial se trouve une approche culturaliste clivant le monde en civilisations hiérarchisées, expliquant l’histoire et ses conflits en éliminant les facteurs économiques et justifiant les interventions militaires « pour le bien » des peuples ainsi agressés. Il s’agit ainsi d’émanciper l’autre malgré lui et si nécessaire par la violence. C’est ce que nous avons appelés dans d’autres écrits le « racisme respectable » c’est-à-dire un racisme ne se justifiant pas « contre » le racisé mais s’argumentant de grandes valeurs censées l’émanciper.

    Force est de constater que cette logique de raisonnement est loin d’avoir disparu dans la « gauche » française. Elle a même été étendue en dehors des questions internationales puisqu’elle agit également en direction des questions liées aux français issus de la colonisation. Donnons quelques exemples. Le premier est celui de la logique intégrationniste encore présente fortement à « gauche ». Cette logique relève entièrement du culturalisme binaire portée par la pensée des lumières. Les difficultés subies par les citoyens issues de la colonisation, qu’ils soient français ou étrangers, ne sont pas expliquées dans l’intégrationnisme par les inégalités qu’ils subissent ou leurs conditions matérielles d’existence. Ce sont au contraire des facteurs culturels qui sont mis en avant : obstacles culturels à l’intégration, intégration insuffisante, islam comme contradictoire avec la république et la laïcité, inadaptation culturelle, etc.

    Il s’agit ainsi d’émanciper l’autre malgré lui et si nécessaire par la violence. C’est le « racisme respectable », ne se justifiant pas « contre » le racisé mais s’argumentant de grandes valeurs censées l’émanciper

    Dès lors les objectifs de l’action ne sont pas l’éradication des inégalités mais la transformation des personnes c’est-à-dire qu’il s’agit de les civiliser en les assimilant. Ce n’est pas un hasard si le terme d’intégration est vomi dans les quartiers populaires et perçu comme une agression. C’est ce qu’Abelmalek Sayad appelle le « chauvinisme de l’universel » comme l’a été celui des Lumières : « [Les enfants de parents immigrés seraient] alors, selon une représentation commode, sans passé, sans mémoire, sans histoire (…), et par la même vierge de tout, facilement modelables, acquis d’avance à toutes les entreprises assimilationnistes, même les plus éculées, les plus archaïques, les plus rétrogrades ou, dans le meilleur des cas, les mieux intentionnées, mues par une espèce de « chauvinisme de l’universel » » [9].

    Si la droite est globalement dans ce que Sayad nomme les entreprises « éculée », la « gauche » est encore fortement dans de qu’il nomme le « chauvinisme de l’universel ». Ces deux approches recoupent celles entre « colonisation violente » et « colonisation humanitaire » de l’époque coloniale. Elles sont basées sur une coupure binaire entre deux entités homogénéisées (un « Nous » homogène face à un « Eux » homogène) qui est une autre des caractéristiques de l’ethnocentrisme des Lumières puis du discours colonial et qui ne cesse de s’entendre aujourd’hui dans les discours sur le communautarisme ou le « repli communautaire ». Écoutons encore Sayad sur le processus d’homogénéisation : « Au fond ne s’autorise-t-on pas du préjugé identifiant les uns aux autres tous les immigrés d’une même nationalité, d’une même ethnie, ou d’un groupe de nationalité (les Maghrébines, les Africains noirs, etc.), pour faire passer dans la réalité et pour mettre en œuvre dans la pratique, en toute légitimité et en toute liberté, l’illusion communautaire ? Ainsi la perception naïve et très ethnocentrique qu’on a des immigrés comme étant tous semblables, se trouve au principe de cette communauté illusoire » [10]. Sayad parle ici des immigrés mais la logique est en œuvre pour les français issus de la colonisation. De même l’homogénéisation s’est étendue aux « musulmans ».

    Lorsque les membres du « Eux » ne perçoivent pas leurs intérêts, il convient de les émanciper malgré eux. Cette logique a justifié autant les guerres coloniales hier, les agressions impérialistes contemporaines comme celle d’Afghanistan par exemple au plan externe et la loi d’interdiction du foulard à l’école en 2004 au plan interne. Hier comme aujourd’hui elle est présente, bien sur à droite, mais également à « gauche ». C’est pour émanciper qu’il fallait coloniser, c’est pour libérer les femmes afghane qu’il fallait intervenir militairement en Afghanistan, c’est la libération de la femme qu’il fallait pour instaurer une police des habits. L’héritage est pesant et agissant. Il forme un obstacle épistémologique à la compréhension des enjeux économiques et politiques du monde contemporain et des luttes sociales qui le caractérise.

    Les difficultés subies par les citoyens issues de la colonisation ne sont pas expliquées dans l’intégrationnisme par les inégalités qu’ils subissent. ce sont au contraire des facteurs culturels qui sont mis en avant

    Prenons un dernier exemple dans les révolutions qui ont secoué la Tunisie et l’Égypte. Elles ont massivement été saluées comme signe positif par l’ensemble de la gauche. Il restait à les caractériser et de manière significative ont fleuri des expressions les comparant à 1789 : « le 1789 du monde arabe ». De nouveau l’étalon reste la France comme le raillait déjà Marx il y a plus d’un siècle. L’historien Pierre Serna commente : « Non la Tunisie n’est pas en 1789 ! Par pitié que l’on cesse d’instrumentaliser l’Histoire en mesurant l’histoire du monde à l’aune de l’histoire de France. La posture consciente ou non de Jean Tulard, dans Le Monde du 18 janvier, qui consiste à considérer les Tunisiens en face de leur 1789, relève d’une lecture post-colonialiste insultante au pire, condescendante au mieux. Les tunisiens auraient 220 ans de retard sur l’histoire de France et découvriraient enfin les vertus de la liberté conquise. Eh bien non ! La liberté n’est acquise pour nul peuple, et à leur façon les français doivent lutter pied à pied pour leurs anciennes conquêtes en ces temps de recul systématique du pacte républicain. C’est nous qui devons apprendre des Tunisiens et non le contraire. Nous sommes restés dans un 1789 mental, mythifié et figé. Les Tunisiens eux sont bien en 2011 » [11].

    L’insulte ou la condescendance, le paternalisme, le maternalisme ou le fraternalisme d’une part et la condamnation indignée d’autre part, la diabolisation ou l’infantilisation, etc. sont des attitudes politiques extrêmement fréquentes à « gauche » et même à « l’extrême-gauche » dans les analyses sur les quartiers populaires et leurs habitants. Elles ont été présentes au moment des débats sur la loi d’interdiction du foulard à l’école, lors des révoltes des quartiers populaires en novembre 2005, au cours des multiples débats sur la revendication d’une régularisation de tous les sans-papiers, etc. Elles sont présentes également dans les commentaires des résultats électoraux en Tunisie et en Égypte comme elles l’étaient au moment des agressions contre l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye.

    Dans notre approche matérialiste, les penseurs des Lumières sont le résultat de leur époque, de son état des savoirs et de ses limites historiques. Le regard non critique et dogmatique sur la pensée des Lumières est depuis bien longtemps une arme des classes dominantes et un héritage encombrant pour les dominés.

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    Notes

    [1] Friedrich Engels, Socialisme utopique et Socialisme scientifique, Éditions sociales, Paris, 1950, p. 35.

    [2] Abdelmalek Sayad, «  Le mode de génération des générations immigrées  », Migrants-formation, n° 98, septembre 1994, p. 14.

    [3] Jennifer Chan-Tiberghien, «  La participation féministe au mouvement altermondialiste : Une critique de l’Organisation Mondiale du Commerce  », Recherches Féministes, volume 17, n° 2, 2004, p. 199.

    [4] Louis Sala-Molins, «  Le Code Noir, Les Lumières et Nous  », dans Valérie Lange-Eyre (dir), Mémoire et droits humains : Enjeux et perspectives pour les peuples d’Afrique, Éditions d’En Bas, Lausanne, 2009, p. 38.

    [5] Karl Marx, «  Lettre à Friedrich Engels du 20 juin 1866  », Correspondances, tome VIII, Éditions sociales, Paris, 1981.

    [6] Eric Savarèse, L’ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine : oublier l’autre, L’Harmattan, Paris, 1998, p. 134.

    [7] Cité dans René Galissot, «  Sur les débuts du communisme en Algérie et en Tunisie : socialisme colonial et rupture révolutionnaire  », dans Collectif, Mélanges d’histoire sociale offerts à Jean Maitron, Éditions ouvrières, Paris, 1976, p. 101.

    [8] Philippe Dewitte, Les mouvements nègres en France, 1919-1939, L’Harmattan, Paris, 1985, p. 62.

    [9] Abdelmalek Sayad, «  Le mode de génération des générations immigrées  », Migrants-formation, n° 98, septembre 1994, p.14.

    [10] Abdelmalek Sayad, «  Le foyer des sans-familles  », dans L’immigration et les paradoxes de l’altérité, De Boeck Université, Paris-Bruxelles, 1991, pp. 91-92

    [11] Pierre Serna, Les tunisiens ne sont pas en 1789  ! ou impossible n’est pas tunisien, Institut d’histoire de la révolution française, Université Panthéon-Sorbonne.

    source:https://bouamamas.wordpress.com/2015/03/04/les-fondements-historiques-et-ideologiques-du-racisme-respectable-de-la-gauche-francaise/

    https://reseauinternational.net/les-fondements-historiques-et-ideologiques-du-racisme-respectable-de-la-gauche-francaise-2/

     


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  • Le diable n’est pas celui que tu penses !

     

    par Yahia Gouasmi
    Président du Parti Anti Sioniste

     

     

    L’armée israélienne et les groupes takfiristes qui font aujourd’hui régner la terreur au Moyen-Orient sont les bras armés de deux idéologies qui sont beaucoup plus proches qu’on ne l’imagine: Le sionisme et le wahhabisme.

     

    Alors que les apparences et la propagande médiatique laissent à penser le contraire, elles sont en réalité les deux faces d’une même médaille, et leur alliance apparait désormais au grand jour. 

     


    Ces deux forces apparemment antagonistes sont les enfants de l’impérialisme anglais qui a contribué à les créer vers la fin du 18 eme siècle, avant de participer activement à instaurer les deux entités territoriales abritant leurs adeptes : Israël et l’Arabie saoudite.

     

    Le cousin américain prit ensuite la relève, suite au déclin de l’empire britannique, afin de leur assurer protection et sécurité, en échange d’un contrôle et d’une emprise sur les réserves d’hydrocarbures de la région.

     

    Les USA s’installant ainsi au sommet de ce triangle satanique, à l’origine de toutes les tragédies du Proche et Moyen-Orient, de la seconde moitié du 20eme siècle à nos jours.
    Dans cette partition diabolique, les sionistes sont le glaive de l’impérialisme et les wahhabites en sont les supplétifs. Chacune ayant sa fonction :

    Le sionisme est une calamité extérieure imposée au monde arabe tandis que le wahhabisme, est une maladie dégénérative endogène inoculée aux Arabes afin qu’ils s’attaquent d’abord à d’autres musulmans.

     

    Mais de la même manière qu’il ne faut pas confondre islam et wahhabisme, il ne faut pas non plus confondre judaïsme et sionisme. En effet, le wahhabisme est à l’islam ce que le sionisme est au judaïsme : une idéologie de conquête du pouvoir au nom d’une interprétation dévoyée de la religion et au détriment des peuples.

     

    Chacun prend en otage les lieux saints de la religion qu’il prétend représenter : la Mecque pour les uns, Jérusalem pour les autres.


    Leur méthodes sont similaires dans leur violence et leur férocité : crimes de guerre, bombardements aveugles sur des populations civiles (Yémen/gaza et Liban), meurtres de sang-froid de civils désarmés, assassinats de femmes et d’enfants, tortures…

     

    Leurs objectifs actuels sont les mêmes :

    – opposer les Musulmans chiites et sunnites et par voix de conséquences s’attaquer sans cesse à la République Islamique d’Iran et au Hezbollah, principaux remparts à leur domination régionale.


    – déstabiliser et détruire les Etats arabo-musulmans afin de justifier l’occupation par des armées étrangères.


    – par leurs actions, légitimer les attaques islamophobes contre les minorités musulmanes en Occident.

     

    Ainsi, alors que l’on pensait que le wahhabisme était au service de l’impérialisme américano sioniste, on se rend compte aujourd’hui qu’il en fait intégralement partie et que sionisme et wahhabisme sont deux frères jumeaux.


    Le monde se portera considérablement mieux lorsque ces deux fléaux seront éradiqués ainsi que leurs parents de l’oligarchie mondiale qui sont derrière ce double virus de l’humanité.

     

    source: http://www.centre-zahra.com/actualite/diable-nest-celui-penses.html/amp

     

    https://reseauinternational.net/le-diable-nest-pas-celui-que-tu-penses/

     

     

     

     


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    L’État pourrait-il devenir copropriétaire de tous les biens immobiliers français ?

     

    Une « rumeur » se répand comme une traînée de poudre sur le Net suite aux révélations du site « TVGJ » qui évoque dans un récent article qu’un des projets post-élections européennes d’Emmanuel Macron serait de décréter que l’État français devient propriétaire de tous les biens immobiliers. Qu’en est-il vraiment ?

    Nous pourrions dire que le simple fait que la « Note d’analyse » dont il est question existe est un révélateur en soi. Émettre le concept d’un État qui deviendrait copropriétaire de tous les biens immobiliers français va extrêmement loin, et selon l’analyse que nous tentons d’en faire plus bas, les Gilets jaunes ont raison de s’en inquiéter, bien que rien à ce jour n’aille dans le sens d’une mise en pratique à l’issue des élections européennes, c’est-à-dire, maintenant.

    Nous souhaitons toutefois attirer l’attention du lecteur sur une stratégie de manipulation de masse qui s’appelle la stratégie de la porte-au-nez, « utilisée par les professionnels du marketing pour modeler, à notre insu, nos idées, nos goûts et nos façons de consommer » ou d’accepter une idée inacceptable :

    « Cette façon de procéder, qui revient à formuler une requête trop importante pour qu’elle soit acceptée avant de formuler la requête qui porte sur le comportement attendu, une requête de moindre importance, correspond à une nouvelle stratégie de manipulation : la stratégie de la porte-au-nez. Sans doute les spécialistes anglo-saxons ont-ils choisi cette expression imagée parce que la stratégie en question repose sur un refus initial. C’est encore à Cialdini et ses collaborateurs (Cialdini, Vincent, Lewis, Catalan, Wheeler et Darby, 1975) que l’on doit la première réalisation expérimentale du phénomène de porte-au-nez. »

    Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois

    Media, Monarc et CGSP

    20 minutes s’empresse de qualifier cette « rumeur » de « Fake News » s’appuyant sur les réponses de France Stratégies – auteur de la Note d’analyse en question intitulée « Comment assurer la résorption des dettes publiques en zone euro ? » et publiée sur le site stratégie.gouv.fr le 11 octobre 2017 :

    « Comme toutes les autres publications de France Stratégie, les opinions exprimées dans cette note engagent uniquement leurs auteurs et n’ont pas vocation à refléter la position du gouvernement », indique France Stratégie à 20 Minutes. Ce que nous confirme en outre le cabinet du Premier ministre : « Cette piste n’a jamais été envisagée, ni étudiée par le gouvernement. ».

    Toutefois, France Stratégie est, selon l’article du Le Figaro du 11 octobre 2017 sur le sujet (déjà « polémique »), un think-tank rattaché à Matignon. Si ce think-tank travaille en étroite collaboration avec le Ministère de l’intérieur (comme le prouve l’adresse URL de son site Web), peut-on vraiment imaginer que le Gouvernement Monarc (anagramme de Macron) n’a jamais étudié cette Note d’analyse ? Mais alors, à quoi sert ce « think-tank » – ou devrions-nous l’appeler « institution gouvernementale » ?

    Parce qu’il s’agit de fait d’une institution publique, administrativement appelée « Commissariat général à la Stratégie et à la Prospective » (CGSP), rattachée au Premier ministre, dont le Commissaire général est nommé par décret et qui a été créé sur le conseil du Monarc (anagramme de Macron) par un décret du président François Hollande paru le 23 avril 2013, et donc payée avec nos impôts.

    Un think-tank étant la plupart du temps un organisme indépendant, issu de mouvements politiques ou sociaux, le terme think-tank est donc utilisé de façon abusive par Le Figaro dans l’espoir de tromper les lecteurs quant aux liens serrés – et réels – qui unissent France Stratégies et le Gouvernement.

    France Stratégies et l’Union Européenne

    Comme souvent, nous découvrons l’existence d’une officine gouvernementale dans un contexte qui se prête à la faire sortir de l’ombre. Toutefois, cette officine existe depuis 1946, date de sa création. Elle s’appelait alors le Commissariat général au Plan (CGP) et ses activités de planification économique du pays (à titre indicatif) – notamment via des plans quinquennaux – se sont poursuivis jusqu’en 2006. C’est en 2013 qu’elle cesse d’être un organe de planification – sous l’influence libérale de la Commission européenne – et qu’elle prend le nom de « Centre d’analyse stratégique » (CAS), et finalement de Commissariat général à la Stratégie et la Prospective, plus connu sous le nom de France Stratégie.

    Sur leur site Web, France Stratégies se définit comme suit :

    Organisme d’expertise et d’analyse prospective sur les grands sujets sociaux et économiques, France Stratégie publie des rapports et des notes d’analyse.

    Placée auprès du Premier ministre, elle formule des recommandations au pouvoir exécutif, organise des débats, pilote des exercices de concertation et contribue à l’évaluation ex post des politiques publiques.

    Elle prend en compte la dimension territoriale et donne aussi à ses travaux une perspective européenne et internationale. Créée par un décret du 22 avril 2013, France Stratégie a pris la suite du Commissariat général du Plan (1946-2006) et du Centre d’analyse stratégique (2006-2013).

    Son organisation s’articule autour de 4 départements thématiques : Économie ; Travail, emploi, compétences ; Société et politiques sociales ; Développement durable et numérique.

    « France Stratégie contribue à la programmation stratégique de l’action des pouvoirs publics sur le moyen terme, en participant à la réflexion sur le cadre de cohérence des réformes à venir. » Gilles de Margerie[1], Commissaire général


    Les missions de France Stratégie

    Anticiper les mutations

    En élaborant des instruments de prospective à moyen et long terme.

    Proposer des options de politiques publiques
    En mobilisant les expertises, les comparaisons internationales et en s’appuyant sur les évaluations.

    Évaluer les politiques publiques
    Avec une méthodologie rigoureuse pour une action publique plus efficace, éclairée par la preuve.

    Débattre avec toutes les parties prenantes
    Pour les associer à l’élaboration des évaluations, de la prospective, et des propositions.

    Pour faire bonne mesure et comprendre l’intitulé exact de la Note d’analyse en question « Comment assurer la résorption des dettes publiques en zone euro ? », il fallait bien que le Conseil ou la Commission de l’Union européenne soit spécifiquement mentionné quelque part :

    Le Conseil national de productivité

    Suite à la recommandation du Conseil de l’Union européenne, le Conseil national de productivité (CNP) français a été institué le 23 juin 2018. Il siège au sein de France Stratégie. L’objectif du CNP est d’analyser les déterminants et les évolutions de la productivité et de la compétitivité en France et en zone euro.

    « L’objectif du CNP est d’analyser les déterminants et les évolutions de la productivité et de la compétitivité en France en tenant compte notamment des aspects liés à la zone euro. »

    Une des missions du Conseil de l’Union européenne – parfois appelé Conseil des ministres de l’Union européenne au sein duquel les ministres nationaux adoptent des actes législatifs et coordonnent les politiques de l’UE est de définir les grandes orientations des politiques économiques, plus connues sous le nom de GOPÉ. Cette mission s’effectue en concertation avec le Conseil européen et la Commission européenne, et le Parlement européen n’en est ensuite qu’« informé ».

    Nous comprenons mieux à ce stade quel peut être l’influence de France Stratégies – pardon, du Commissariat général à la Stratégie et à la Prospective – sur ces grandes orientations à adopter par les États membres de l’UE, et notamment par la France.

    Mais alors qu’en est-il de cette « Note d’analyse » dont il est fait référence par les Gilets jaunes ? Tentons de voir cela en détail dans un premier temps en décryptant le plus succinctement possible les trois voies présentées par les Hauts Stratèges spoliateurs du Commissariat général.

    La dette publique des États membres de l’Euro

    Les niveaux actuels de dette publique ne sont pas une fatalité et seront amenés à se résorber progressivement, sous les effets combinés de l’ajustement budgétaire, de la croissance et du retour à une inflation un peu plus forte (qui jouent à la fois sur le niveau du déficit et sur le niveau de dette rapporté au PIB). Ceci est valable pour tous les pays, y compris les plus endettés. Mais la question demeure de savoir si cette résorption programmée des ratios de dette, appuyée par une stratégie d’ajustement budgétaire ambitieuse conforme aux règles de surveillance instaurées au niveau européen, sera suffisante et assez rapide.

    La « Note d’analyse » (détaillée) présente ensuite des graphiques projetant « l’évolution du ratio de dette et du solde budgétaire structurel jusqu’en 2040 des pays de la zone euro. ». Prévoir l’économie à horizon de 23 ans (2017-2040) n’est pas une mince affaire, d’autant qu’au-delà de cinq années, il s’avère que c’est mission impossible selon Jean-François Bouchard, économiste, consultant de plusieurs grandes institutions financières dont le FMI, et qui publie cette année L’Éternelle truanderie capitaliste :

     

     

     

     

    Plus loin, il est précisé que ces projections « supposent le strict respect des règles européennes en matière d’ajustement budgétaire dans un contexte où chaque pays ferait face à l’inflation et aux taux d’intérêt qu’il a connu en moyenne du début des années 2000 jusqu’à la crise de 2008 », et que « chaque pays est supposé suivre le sentier de croissance potentielle anticipée par la Commission. »

    Ils sont vraiment très fort à la Commission européenne… Ils anticipent. Ils écrivent des romans d’anticipation, des storytelling à la voie bien pavée et celui qui ose sortir des sentiers battus de la dogmatique toute puissance financière sera abattu. Voir la Grèce.

    Au passage, petit décryptage d’une phrase relative à cette anticipation :

    Sur un horizon d’un peu plus de dix ans (2030), les baisses obtenues sont substantielles : de l’ordre de 20 points de PIB en moyenne.

    Il eut fallu écrire « les baisses obtenues seraient… ». Mais ils ne sont pas à ça près, n’est-ce pas ? Transformer un conditionnel en affirmation au présent permet d’affirmer une chose qui n’existe pas, c’est un vœu pieux. Le problème ici, c’est qu’il s’agit d’un vœu pieux dangereux qui transforme un résultat impossible (à cause de la limite des prévisions économiques comme vu plus haut dans la vidéo) en fait établi. Ou comment vendre l’invendable.

    L’engagement des États membres pour résorber les dettes publiques

    Une première voie pour renforcer la capacité de certains États à faire face à leur niveau élevé de dette publique consiste à renforcer la crédibilité de la démarche actuelle, fondée sur une politique budgétaire rigoureuse et conforme aux traités européens. La réussite d’une telle démarche est certes possible, mais, même dûment suivie, elle n’est pas acquise compte tenu de l’incertitude entourant les conditions économiques futures. Dans ces conditions, une solution consiste à rendre la soutenabilité de la dette d’un État moins sensible aux évolutions du cycle économique et aux sentiments de marché.

    Ici dans la première voie présentée, la « Note d’analyse » admet que la démarche est possible et non pas factuelle, et elle admet aussi son incapacité à prévoir avec certitude les conditions économiques futures. Donc, des chiffres nous sont d’abord présentés comme étant observables et donc réels – alors qu’ils ne le sont pas – pour ensuite nous expliquer que rien n’est sûr. Voici la solution :

    En théorie, la mise en place d’obligations indexées sur la croissance du PIB (OIC) permet d’y parvenir.
    […]
    Cependant, pour séduisante qu’elle soit, et bien qu’elle ait bénéficié d’un regain d’intérêt depuis la crise [de 2008 sans doute], en pratique, l’émission d’OIC n’a jamais fait l’objet de mise en œuvre à grande échelle, en dehors de certaines restructurations de dettes.
    […]
    Pour améliorer de manière significative la résilience à un choc macroéconomique négatif d’un pays européen engagé dans une politique de redressement de ses finances publiques, une proposition alternative consiste à faire porter ce risque conjointement par les États de la zone euro, via le Mécanisme européen de stabilité.

    Une solution théorique qui n’a jamais fait l’objet de mise en œuvre à grande échelle… Tout un programme… d’anticipation, ne l’oublions pas. Poursuivons :

    Cependant, un rachat de dette sur le marché secondaire, échangée contre des OIC, ou un financement direct via des OIC consommerait une part trop importance de ses ressources. Surtout, ceci conduirait le MES à supporter, en sus du risque de croissance, le risque de défaut de l’État membre concerné. Cette option est donc exclue non seulement pour des raisons de faisabilité technique, mais aussi et surtout pour des raisons d’acceptabilité politique.

    Encore une solution qui tombe à l’eau mais les analystes n’ont pas dit leur dernier mot :

    La solution consiste dès lors à permettre au MES de rentrer dans un contrat de swap d’intérêts avec un État fortement endetté qui s’engage durablement dans un processus de redressement de ses finances publiques.
    […]
    Dans ce cas, la solidarité dont font preuve les autres États de la zone euro est réelle, ce qui renforce l’adhésion collective à la démarche de redressement des finances publiques inscrite dans les traités européens. Mais elle demeure conditionnelle et mesurée. Conditionnelle, car le contrat de swap d’intérêts suppose, pour être honoré, que l’État aidé remplit ses engagements en matière d’assainissement de ses finances publiques. Mesurée, car elle ne porte pas sur le risque de défaut du pays considéré, mais sur la volonté de le soutenir au cas où il traverserait une conjoncture économique difficile au moment même où il remplit cet engagement.

    Bref, si les autres membres de la zone Euro ne veulent pas aider le pays en difficulté et/ou si ce dernier ne peut pas assainir ses finances publiques, c’est encore une solution qui tombe à l’eau.

    Et c’est maintenant que la solution miracle arrive, celle qui permettrait à n’importe quel État de la zone Euro de régler sa dette publique sans aucun soutien extérieur, et d’enrichir toujours les mêmes au passage.

    © Miss Lilou

    L’instauration d’un impôt exceptionnel

    Pour assurer la soutenabilité d’une dette publique considérée comme excessive, cette fois sans que l’État concerné dispose d’aucun soutien extérieur, la seule solution consiste à augmenter, d’une façon ou d’une autre, la capacité de cet État à lever l’impôt ; en d’autres termes, augmenter le poids futur des prélèvements obligatoires, sans pour autant que cela déprime la trajectoire de croissance de son économie.

    Il s’agit de la deuxième voie présentée par France Stratégies. Si cette voie était mise en œuvre dans un certain contexte (que nous ébaucherons plus bas), les samedis de Gilets Jaunes n’ont pas fini de déambuler dans les grandes villes de France et de tenter de s’installer (à nouveau) sur les ronds-points.

    Les vingt dernières années ont été marquées par une forte progression des dettes publiques, mais aussi par une hausse encore plus forte du patrimoine net des ménages, en particulier de leur patrimoine immobilier.

    L’immobilier en question ici toucherait aussi bien les ménages propriétaires que les ménages locataires, par voie de conséquence :

    Concrètement, une façon de procéder consisterait en ce que l’État décrète qu’il devient copropriétaire de tous les terrains construits résidentiels, à hauteur d’une fraction fixée de leur valeur, et que ce nouveau droit de propriété est désormais incessible. En conséquence, l’État deviendrait créditeur d’une somme annuelle, correspondant à une part de la fraction de la rente immobilière associée à la copossession du terrain. Concrètement, cette rente immobilière elle-même équivaut à une partie du loyer qu’un propriétaire touche lorsqu’il loue son bien, celle qui relève de la rémunération du droit d’occupation du sol (actif non produit), l’autre partie correspondant au paiement par le locataire d’une consommation de service de loge-ment, lié à l’occupation de la maison ou de l’appartement loué (actif produit).

    Et ce n’est pas tout :

    Tout propriétaire*, désormais redevable de cette somme à l’État, pourrait choisir de ne pas la payer. Dans ce cas, la fraction du terrain possédée par l’État augmenterait d’autant d’année en année. L’État récupérerait alors la somme due lors de la première transaction qui interviendrait sur le bien immobilier, lors de la vente ou de la transmission à un héritier.

    * En note de bas de page, il est stipulé que « C’est bien l’ensemble des propriétaires de biens immobiliers résidentiels qui sont concernés, les ménages ou les sociétés. ».

    La décision de mettre en œuvre une telle mesure constituerait évidemment un choc politique de très grande ampleur, mais elle doit être jugée à l’aune des enjeux auxquels un pays très endetté doit faire face.

    Nul doute qu’aux yeux des pilleurs d’États, cette troisième voie « crédibiliserait la capacité de l’État à rembourser sa dette ». Elle entraînerait aussi une baisse instantanée de la valeur des biens immobiliers : « les transactions immobilières ne pourraient se faire désormais que sur un bien qui ne recouvrerait, en plus de la construction elle-même, qu’une partie seulement de la valeur du terrain, celle qui resterait possédée par le propriétaire cédant. ».

    La troisième voie présentée est celle de la BCE. Nous ne nous attarderons pas dessus, juste pour préciser que :

    La banque centrale est un agent économique d’une nature particulière, dans la mesure où il a la capacité de créer ex nihilo de la monnaie banque centrale de manière illimitée. À la différence d’un agent économique classique qui doit financer ses achats avec son propre bilan, ou en contractant une dette qu’il lui faudra rembourser, une banque centrale est en théorie libre d’émettre de la monnaie banque centrale pour financer ses achats.

    En 2017, la BCE avait injecté en zone euro près de 4 000 milliards d’euros depuis 2011, dont une partie se retrouvent en Allemagne et au Luxembourg… Le coût du sauvetage des quatre grosses banques de l’Hexagone a atteint la bagatelle de 30 milliards d’euros payés par les contribuables, contrairement aux déclarations des patrons du secteur, affirmant qu’ils (les contribuables) n’avaient quasiment rien déboursé.

    Maintenant que nous avons succinctement décrypté cette « Note d’analyse » et ses trois voies, nous pouvons nous intéresser à sa faisabilité dans un contexte donné.

    Selon Wikipédia, les idées de cette Note d’analyse auraient en 2017 été qualifiées de « farfelues » par le ministère de l’Intérieur qui aurait « demandé à l’institution de se recentrer sur sa mission et sur les réformes en cours ». Le Figaro titrait alors « Taxe sur la propriété : la colère de Matignon après la polémique », son article sensé nous faire croire qu’« Édouard Philippe n’a pas du tout apprécié une étude publiée par « le laboratoire d’idées public » ». En politique, il n’y a pas de hasard, et les tenants du pouvoir sont surtout furieux de voir leur idée éventée et mise sur la place publique ce qui les empêche dès lors de procéder en douceur, l’air de rien…

    Il s’agit d’une vieille ficelle politicienne utilisée par Matignon et Édouard Philippe pour feindre de s’offusquer d’une proposition n’émanant pas directement des pouvoirs en place. Pas directement, mais assez directement quand même. S’insurger face à des idées néfastes pour ensuite les transformer en Fake News qui décrédibilisent les lanceurs d’alerte, en l’occurrence ici, les Gilets Jaunes.

    Les trois voies explorées ici présentent inévitablement un caractère inédit et radical, que certains iront jusqu’à qualifier de dangereux. Elles soulèvent des difficultés politiques et juridiques évidentes. Le débat mérite néanmoins d’être abordé à froid, afin d’éviter d’avoir à prendre dans l’urgence des décisions non préparées en cas de choc économique d’envergure survenant dans la zone euro.

    Il suffirait de brandir l’article 49.3, dispositif permettant de faire passer une loi au Parlement sans vote des députés, et ce ne serait pas la première fois que l’État français organise le vol de ses administrés, avec une simple ordonnance, sans débat, sans loi. Ou encore de faire passer une simple ordonnance, comme ce fut le cas pour la directive passée inaperçue à la faveur de l’été 2015 : si votre banque fait faillite, elle peut se renflouer en aspirant vos comptes, sans plus de façons. Pour le moment, « les dépôts sur un compte courant, livret bancaire, compte à terme, PEL, CEL, livret Jeune ou compte-espèces d’un PEA sont couverts jusqu’à 100 000 euros, par client et par banque. ». Qu’en serait-il si la crise était grave au point que l’on nous explique (ou pas) qu’il faille ponctionner tous les comptes courants sans plafond ? On a vu en 2015 les épargnants italiens échapper de justesse à la ponction de leurs comptes.

     

    © Allan Barte

    Bien sûr, en l’état, il ne s’agit que d’une piste de réflexion que l’on ne peut encore qualifier de projet assorti d’une réelle mise en œuvre. C’est toutefois une piste tellement bien présentée et qui peut s’avérer tellement tentante pour la clique sans foi ni loi au pouvoir qui envisage – depuis 2017 peut-être – de la transformer en grande spoliation nationale sous couvert d’une Loi – inique – passée en force dans un contexte d’urgence. Les dépenses pharaoniques de l’État et du Monarc achèvent de brûler la chandelle par les deux bouts et la France est déjà partiellement en liquidation à travers les privatisations tous azimuts au sein d’un marché ultra libérale globalisé, qui surveille ses citoyens par le biais du tout numérique au nom d’un idéal irréaliste qui bafoue le droit de propriété inscrit dans la Constitution des droits de l’Homme. L’indépendance acquise par les foyers français devenus propriétaires par leurs efforts et leurs sacrifices leur serait ainsi reprise par ceux qui – totalement déconnectés de la vie réelle, de cette France « d’en bas » – décident de façon unilatérale de ce que devrait être notre vie.

    « L’État est le mécanisme par lequel un petit groupe de privilégiés vit aux dépens de tous les autres ». Pour citer Frédéric Bastiat :

    « Il n’y a que deux moyens de se procurer les choses nécessaires à la conservation, à l’embellissement et au perfectionnement de la vie : la PRODUCTION et la SPOLIATION. »(Physiologie de la Spoliation,dans Sophismes économiques vol. II)

    Un élément clef de la spoliation qui la distingue de l’acquisition de la richesse par l’échange volontaire, c’est l’usage de la violence conjointement à ce qu’il appelle « la Ruse ». À l’intérieur de la catégorie de la « spoliation », deux types principaux intéressaient Bastiat : la « spoliation illégale », entreprise par les voleurs de grands chemin et autres brigands, et la « spoliation légale », réalisée par l’État sous la protection du système juridique, lequel exempte les gouvernants comme leur administration de se soumettre à l’injonction morale de ne pas s’emparer par la force de la propriété d’autrui.

    Les deux citations ci-dessus sont tirées de l’article Frédéric Bastiat sur la spoliation légale. Bastiat, brillant économiste français du 19e siècle, a théorisé au fil de ses ouvrages la spoliation de l’État, dénonçant avec brio les travers de l’action étatique et de ceux qui la dirigent. Le relire à l’aune de ce présent article ressemble presque à une nécessité d’ordre morale :

    Ce qui émerge d’un examen chronologique de ses écrits, c’est sa compréhension graduelle que l’État (écrit le plus souvent L’ÉTAT) se résume à une vaste machinerie conçue délibérément dans le but de s’emparer de la propriété de certaines personnes, sans leur consentement, afin de la transférer à d’autres. L’autre mot qui revient sous sa plume avec une fréquence croissante durant cette période, toujours pour décrire l’action de l’État, c’est celui de spoliation.
    […]
    Bastiat pensait également que l’État moderne, bureaucratique et régulateur, son contemporain, reposait d’un côté sur un mélange de violence brute et de coercition, et de l’autre sur un assortiment de tricheries et de mensonges, les fameux sophismes. La violence et la coercition résidaient pour l’essentiel dans l’impôt, les taxes et les réglementations, que devaient subir les contribuables, les commerçants et les producteurs, tandis que la dimension idéologique à l’appui de la classe actuelle de spoliateurs provenait d’un nouvel ensemble de « sophismes économiques » et « politiques », plus aptes à répandre la confusion parmi les « dupes », à les égarer et à les conduire à soutenir le système. La science de l’économie politique, selon Bastiat, consistait à dénoncer les sophismes économiques du présent, afin de les discréditer complètement, et ainsi dépouiller la classe spoliatrice de sa justification et de son pouvoir.

    Un jour prochain peut-être, à la faveur d’un scénario de crise financière – ou de toute autre nature qui entraînerait une crise financière -, que d’aucuns annoncent comme plus systémique que celle de 2008, dans un monde encore plus globalisé qu’il y a 11 ans – les propositions présentées dans cette « Note d’analyse » deviendront réalité. Que ce soit à travers l’une ou l’autre ou l’ensemble des voies suggérées. Un jour prochain…

    ———————–

    Note

    [1] Gilles Jacquin de Margerie est issu d’une famille de hauts fonctionnaires et dirigeants français depuis Louis XIV, et le cousin de feu Christophe Rodocanachi-Jacquin de Margerie, ancien patron de Total tué dans un accident d’avion en Russie en 2014. Il a été nommé en janvier 2018 « commissaire à la stratégie et à la prospective » par le gouvernement Macron après avoir été le directeur de cabinet d’Agnès Buzyn. Son « importante » mission est de conduire la transformation économique que le président de la République et le Premier ministre ont mise en œuvre depuis le début du quinquennat Macron. C’est à ce poste qu’il préside l’organisme de réflexion économique France Stratégie, lui-même dépendant de Matignon.

    Photo: L’hôtel Beauvau, siège du ministère de l’Intérieur

    source:https://fr.sott.net/article/33984-L-Etat-pourrait-il-devenir-coproprietaire-de-tous-les-biens-immobiliers-francais

     

    https://reseauinternational.net/letat-pourrait-il-devenir-coproprietaire-de-tous-les-biens-immobiliers-francais/

    Parmi les commentaires sur ce site,

    KONGOLO
    Je repose la question de façon beaucoup plus vicieuse :
    L’Etat pourrait-il devenir copropriétaire de tous les biens immobiliers français… pour ensuite, sur ordre de la Commission européenne, les revendre aux milliardaires apatrides et aux milliardaires américains, saoudiens, qataris et autres ???
     
    1. Christian SÉBENNE
       

    Kongolo,
    Les délires de ce ramassis de déchets ne sont pas nouveaux, en l’espèce sans que les gens s’en aperçoive s’est mis en place une entreprise de spoliation des biens par le truchement du vol par l’impôt, pour atteindre aujourd’hui des sommets, dès lors il n’est même pas question de copropriété, il est question de dépossession totale des Français.

     

    Ce syndicat du crime organisé qui fait office de gouvernement s’était déjà distingué sous Hollande/Macron en mettant en avant les théories fumeuses de « France Stratégie » notamment avec l’affaire du « Loyer Fictif »,

    https://www.contrepoints.org/2017/01/04/276685-6-delires-loyer-fictif

    https://www.contrepoints.org/2017/03/30/285579-emmanuel-macron-declare-guerre-aux-proprietaires

    Mais encore, pour être plus clair et que les aveugles voient, commencez d’abord par lire le Talmud qui en est l’agenda et les Protocoles des Sages de Sion en sont le mode d’emploi qui confirme toute cette entreprise de vols et de crimes planifiés, tout y est, tout y est expliqué !

    Les pleureuses du sionisme invoquent que les Protocoles des Sages de Sion sont de vulgaires faux, or, au terme d’une très longue procédure instaurée par les détracteurs de cet ouvrage, « le Tribunal de Berne en Suisse statua et jugea en 1937 que les Protocoles des Sages de Sion étaient des écrits authentiques » :

    https://michelduchaine.com/2015/08/03/la-genese-et-lauthenticite-des-protocoles-des-sages-de-sion/

    Les lanceurs d’alertes sont victimes d’écrans de fumée, pour ma part j’avais tenté de sensibiliser à ce péril grave qui est le fruit de l’ennemi de l’intérieur.

    https://blideodz.wordpress.com/2017/03/07/de-la-depossession-programmee-au-vol-institutionnalise-via-lextermination-du-peuple/

    Christian Sébenne
    Ancien propriétaire du magazine Africa International

     

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    Une crise financière trente fois plus puissante qu'en 2008 est imminente mais nous sommes dans le déni

    Jean-Luc Ginder, Le HuffPost 14 6 2019 
     
     

     


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    Poutine : « La vie est une chose simple, mais cruelle »…

     

     

    Souvenirs de famille de la Seconde Guerre Mondiale. Le président Poutine évoque l’expérience de sa famille lors du siège de Leningrad

    Par Vladimir Poutine

    Franchement, mon père n’aimait pas aborder le sujet de la guerre. C’était plutôt comme si j’étais simplement à proximité, lorsque les adultes discutaient ou se rappelaient des choses entre eux. Toute ma connaissance de la guerre – de ce qui est arrivé à ma famille – est née de ces conversations entendues entre adultes. Pourtant, il y avait des moments où ils me parlaient directement.

    Mon père était un marin. Il a été appelé en 1939 et a servi dans un escadron de sous-marins à Sébastopol. À son retour, il a travaillé dans une usine à Peterhof [prés de Leningrad] où il vivait avec ma mère. Je pense qu’ils ont même construit une sorte de petite maison là-bas.

    Lorsque la guerre a éclaté, il travaillait dans une entreprise militaire, ce qui lui donnait droit à une exemption de la conscription. Cependant, il a d’abord demandé à rejoindre le parti, puis à être envoyé au front. Il a été envoyé dans une équipe de sabotage du NKVD. C’était un petit contingent de 28 personnes qui a été envoyé à l’arrière de l’ennemi pour commettre des actes de sabotage – faire sauter des ponts, des voies de chemin de fer, etc. Presque aussitôt, ils sont tombés dans une embuscade – quelqu’un les avait trahis. Ils sont entrés dans un village, puis l’ont quitté et, quand ils sont revenus quelque temps plus tard, les nazis les attendaient. Ils ont été poursuivis à travers les bois. Mon père a survécu en se cachant dans un marais où il a passé des heures sous l’eau à respirer à travers un roseau. Je me souviens de son histoire. Il a dit que pendant qu’il était dans le marais respirant à travers le roseau, il pouvait entendre les soldats allemands passer à quelques pas de lui, et la façon dont les chiens hurlaient …

    En plus de cela, c’était probablement déjà au début de l’automne, c’est-à-dire qu’il faisait déjà froid. Je me rappelle aussi très bien comment il m’a dit que le chef de leur groupe était un Allemand. Citoyen soviétique, mais allemand néanmoins.

    Fait intéressant, il y a quelques années, un dossier sur ce groupe a été remis aux archives du ministère de la Défense. Je l’ai toujours chez moi à Novo-Ogaryovo. Il y a une liste du groupe – noms de famille, prénoms, patronymes et brèves descriptions. Il s’agissait bien de 28 personnes et leur chef était un Allemand, exactement comme mon père l’avait dit.

    Sur les 28 personnes, seules 4 ont franchi la ligne de front pour revenir de notre côté. Les 24 autres ont été tuées.

    Ils ont ensuite été réaffectés à l’armée active et envoyés à Nevsky Pyatachok. C’était probablement l’endroit le plus violent du blocus de Léningrad. Nos troupes ont tenu une petite tête de pont de quatre kilomètres de largeur et environ deux kilomètres de profondeur. C’était censé être une tête de pont pour la future levée du blocus, mais elle n’a jamais été utilisée à cette fin. Le blocus a été rompu ailleurs. Néanmoins, le lieu (Nevsky Pyatachok) a résisté pendant une longue période et les combats ont été exceptionnels. Il y a des hauteurs stratégiques au-dessus et tout autour qui ont essuyé des tirs en permanence. Bien sûr, les Allemands étaient également conscients que c’était le lieu le plus susceptible d’être utilisé pour une percée et essayaient simplement d’effacer Nevsky Pyatachok de la surface de la terre. Il existe des données sur la quantité de métal enfouie dans chaque mètre carré de ce pays. À ce jour, le métal est encore  solide.

    Mon père m’a raconté comment il avait été blessé. La blessure était grave et il a passé le reste de sa vie avec des éclats d’obus dans la jambe, tous les fragments n’ayant pas pu être enlevés. Sa jambe lui faisait toujours mal et il n’a jamais pu redresser correctement son pied par la suite. Ils ont choisi de ne pas toucher aux petits fragments pour éviter de briser l’os. Et Dieu merci, ils ont gardé sa jambe quand il aurait pu être amputé – il avait un bon médecin. Il a été affecté d’une invalidité de niveau II. En tant que vétéran handicapé, il a finalement eu un appartement. C’était notre premier appartement séparé  – un petit endroit de deux pièces. [Aparté : avant cela, les Poutine vivaient dans un appartement collectif, où plusieurs familles partageaient les installations, le couloir et la cuisine, et dormaient dans des pièces séparées]. Avant de recevoir l’appartement, nous vivions dans le centre-ville et nous devions maintenant déménager, pas tout à fait à la périphérie, mais dans une zone nouvellement construite. Cela ne s’est pas produit immédiatement après la guerre, mais lorsque je travaillais déjà au KGB. À ce moment-là, on ne m’a pas donné d’appartement, mais mon père a finalement eu le sien et cela a été une grande source de bonheur.

    Mon père a raconté comment il a été blessé :

    Avec un camarade, il effectua une petite sortie à l’arrière des Allemands, rampant, rampant, puis cela devint à la fois drôle et triste. Ils atteignirent un bunker allemand, d’où émergea un énorme type qui les regarda droit dans les yeux. Ils ne pouvaient pas se lever car ils étaient sous la menace de la mitrailleuse. « L’homme nous a regardés avec beaucoup d’attention » a dit mon père « Il  a sorti une grenade, puis une autre et les a jetées vers nous. Bien et… » La vie est une chose simple, mais cruelle.

    Quel était son plus gros problème quand il a repris conscience ? Le fait que c’était déjà l’hiver. La Neva était bloquée par les glaces et il devait en quelque sorte se rendre de l’autre côté pour obtenir de l’aide et des soins médicaux spécialisés. Cependant, il n’était pas en état de marcher.

    Certes, il a essayé de retrouver sa famille de ce côté-ci de la rivière. Mais peu de gens étaient disposés à le transporter de l’autre côté parce que cette partie de la Neva était exposée à des tirs d’artillerie et de mitrailleuses. Il y avait peu de chance d’atteindre la rive opposée. Cependant, par hasard, un de ses voisins de la maison de Peterhof [où les Poutine habitaient] est apparu . Et ce voisin n’a pas hésité à le traîner pour traverser, il  l’a même emmené jusqu’à l’hôpital. Ils ont tous les deux survécu à l’expédition. Le voisin a attendu à l’hôpital, s’est assuré qu’il était opéré et a déclaré: « Eh bien, maintenant, vous allez vivre, mais je vais mourir. » Et il est parti.

    J’ai plus tard demandé à mon père si cet homme était vraiment mort. Il a déclaré qu’il n’avait plus jamais entendu parler de lui et qu’il croyait qu’il avait été tué. Il n’a jamais pu oublier cet épisode et cela le tourmentait énormément. Je me souviens de cela dans les années 1960 – je ne me souviens pas de l’année exacte car j’étais encore très jeune à l’époque – mais au début des années 60, mon père est soudainement rentré à la maison, s’est assis et a commencé à pleurer. Il avait rencontré son sauveur dans un magasin à Leningrad. Comme lors de leur précédente rencontre, c’était un hasard, une chance sur un million, que les deux hommes soient dans le même magasin au même moment. Ils se reverraient plus tard chez nous. Ma mère m’a raconté comment elle avait rendu visite à mon père à l’hôpital où il reposait après avoir été blessé. Ils avaient un petit enfant qui n’avait que trois ans à ce moment-là, la période du blocus et de la faim. Mon père lui a fait passer clandestinement ses rations d’hôpital et elle les a emmenées à la maison pour nourrir leur enfant. Lorsqu’il a commencé à s’évanouir de faim à l’hôpital, les médecins et les infirmières ont compris ce qui se passait et ont empêché ma mère de lui rendre visite à nouveau.

    Puis son enfant lui a été enlevé. Comme elle l’a rappelé par la suite, cela s’est fait sans préavis, dans le but de sauver les jeunes enfants de la famine. Les enfants ont été amenés dans des orphelinats pour une évacuation ultérieure. Les parents n’ont même pas été consultés.

    L’enfant est tombé malade là-bas – ma mère a dit que c’était la diphtérie – il n’a pas survécu. On n’a même pas dit à mes parents où il avait été enterré et ils ne l’ont jamais su. L’année dernière, certaines personnes que je ne connais pas, travaillant de leur propre initiative, ont fouillé dans les archives et trouvé des documents concernant mon frère. Et c’était vraiment mon frère, car je savais qu’après avoir fui Peterhof devant les troupes allemandes qui avançaient, mes parents vivaient avec un de leurs amis – et je connaissais même l’adresse. Ils vivaient sur le « canal de l’eau » (Vodny Kanal). Il aurait été plus approprié de l’appeler le « canal de dérivation » (Obvodny Kanal), mais à Leningrad, il s’appelait le « canal de l’eau ». Je sais pour sûr qu’ils ont vécu là-bas. Non seulement l’adresse, mais le nom, le prénom, le patronyme et la date de naissance correspondaient [avec les archives de l’hôpital]. C’était bien sûr mon frère. Le lieu d’inhumation était le cimetière Piskaryovskoye. Même le site exact a été trouvé.

    On n’avait rien dit à mes parents. De toute évidence, d’autres choses étaient plus importantes à l’époque.

    Donc tout ce que mes parents m’ont dit de la guerre était vrai. Pas un seul mot n’a été inventé. Pas un seul jour n’a été déplacé. Tout ce qu’on m’avait dit à propos de mon frère, du voisin, et du chef de groupe allemand – tout concordait, tout était confirmé de manière incroyable. Après que mon frère a été emmené et que ma mère était restée seule, mon père a finalement pu marcher avec des béquilles et rentrer à la maison. Lorsqu’il se dirigea vers son immeuble, il vit qu’il y avait des préposés aux soins qui portaient des corps à l’entrée. Il a identifié l’un d’eux comme étant ma mère. Il s’approcha d’eux et il lui sembla qu’elle respirait. Il a dit aux infirmières : « Elle est toujours en vie ! », « Elle mourra en chemin », ont-ils déclaré, « elle ne survivra pas maintenant. » Il les frappa ensuite avec ses béquilles et les força à la ramener dans l’appartement. Ils lui ont dit : « Eh bien, nous ferons ce que vous dites, mais sachez que nous ne reviendrons pas ici avant deux, trois ou quatre semaines. Vous devrez alors vous en occuper vous-même. » Mon père l’a soignée pour la ramener à la vie. Elle a survécu. Elle a vécu jusqu’en 1999. Mon père est mort à la fin de 1998.

    Après la levée du blocus, ils se sont installés dans la province de Tver, la patrie de leurs parents, et y ont vécu jusqu’à la fin de la guerre. La famille de mon père était assez nombreuse. Il avait six frères, dont cinq ont été tués à la guerre. C’était un désastre pour la famille. Les parents de ma mère sont également morts. J’étais un enfant tardif puisque ma mère m’a donné naissance à l’âge de 41 ans.

    Notre situation n’était pas unique. Après tout, il n’existait aucune famille dans laquelle personne ne soit mort, ou qui ne souffrait pas de chagrin, de malheur et de tragédie. Cependant, mes parents ne nourrissaient aucune haine pour l’ennemi, ce qui est tout simplement incroyable. Pour être honnête, je ne peux toujours pas bien le comprendre. Maman était généralement une personne très gentille et douce. Je me souviens l’avoir entendu dire : « Quel genre de haine peut-on avoir contre ces soldats ? Ce sont des gens simples et ils meurent aussi dans la guerre. » C’est incroyable. Nous avons été élevés avec des livres et des films soviétiques… et nous les avons détestés [les Allemands]. Mais, en quelque sorte, elle ne portait pas cela en elle. Je me souviens encore de ses paroles : « Qu’est-ce que vous pouvez avoir contre eux ? Ils sont aussi des travailleurs acharnés, tout comme nous. Ils ont simplement été forcés d’aller au front. »

    Voilà les mots dont je me souviens à propos de mon enfance.

    Vladimir Poutine

    Cet article est paru à l’origine en russe dans Russian Pioneer, traduit en anglais par Kristina Aleshnikova.

    Source Russia Insider

    Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

    via:https://lesakerfrancophone.fr/poutine-la-vie-est-une-chose-simple-mais-cruelle

     

    Les commentaires :

     

    • LENEANT 16 avril 2019
      Combien de nos DIRIGEANTS actuels ont connu les affres de la guerre ? … et souvent ils sont « chefs des armées » ! Bref des « hors-sols » sadiques.
      • Avatar
        Soizic 16 avril 2019
        Voila pourquoi Poutine a une âme, que n’auront jamais les autres dirigeants nés avec une cuillère en argent dans la bouche, et arrivés au pouvoir avec des dents raclant le plancher!
    • Avatar
      Serge Mullins 16 avril 2019
      Il y a un univers de différence entre Poutine et les bobos US ou Français élevés dans le coton et qui n’ont aucune valeurs réelles à défendre..C’est pourquoi l’Occident est en train de perdre….
    • Avatar
      Max 16 avril 2019
      Total accord avec Serge Mullins.
    • Avatar
      IVANCEVIC 16 avril 2019
      Voila pourquoi j’aime cet homme. Il est profondément humain et fidèle a la mémoire de ses aïeux.
      Il y a des hommes dans ce monde qui devraient vivre éternellement.
    • Avatar
      CV 16 avril 2019
      C’est écrit assez simplement, et je comprends la façon dont il s’étonne de cette sagesse humble dont faisait preuve sa Mère, en de pareilles et épouvantables circonstances….oui, les Russes ont payé extrêmement cher lors de cette Guerre, mais j’ai envie de dire les autres aussi! Comme elle dit » ils sont aussi des travailleurs acharnés, tout comme nous. ils ont simplement été forcés d’aller au front »!
      Du vrai Humanisme, en quelque sorte….Poutine est un être digne et humain, voilà ce qui saute aux yeux à la lecture de ce témoignage aussi incroyable que simplement et terriblement lucide….
       

     

    https://reseauinternational.net/poutine-la-vie-est-une-chose-simple-mais-cruelle/

     

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    Le PRCF est peu connu, pourtant entre autres, cela fait une dizaine d'années qu'il appelle à sortir de l'euro, de l'UE, et de l'OTAN - comme le Pardem, l'UPR, et depuis peu, les Patriotes. En ce qui me concerne, je suis sympathisante du CNR (comme le PRCF), j'en ai la nostalgie : De Gaulle et les communistes gouvernant ensemble, après la WW2. Quelle belle union ! Et on lui doit le modèle social français, que le régime macron veut détruire ! Note de Chantal Dupille, dite eva R-sistons

     

    Pour rendre sa souveraineté au peuple français, la France doit sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN par la voie progressiste et révolutionnaire ! 

    28 mars 2019

     

     

     

    Pour rendre sa souveraineté au peuple français, la France doit sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN  (Pôle de Renaissance Communiste en France)

     

    par Georges Gastaud, Annie Lacroix-Riz et Fadi Kassem, Pôle de Renaissance Communiste en France

    Traité germano-français d’Aix-la-Chapelle, Lettre d’Emmanuel Macron aux citoyens d’Europe, réponse cinglante de la future chancelière allemande à Macron… ou comment l’impérialisme allemand humilie ouvertement son petit collaborateur élyséen. Pour rendre sa souveraineté au peuple français, construire des relations fraternelles entre peuples allemand et français et rouvrir la route du progrès social, de la démocratie et de la paix en Europe, la France doit sortir de l’euro, de l’UE et de l’OTAN par la voie progressiste et révolutionnaire !

    France Allemagne 20190328Sitôt promu lauréat du Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, le chef de l’Etat français a signé, sans le moindre débat public préparatoire, un nouveau Traité franco-allemand qui vise moins, selon ses propres termes, à renforcer l’amitié entre les deux peuples qu’à précipiter l’intégration franco-allemande. Cet effarant « traité » transformant la France en zone « frontalière » de l’Allemagne, dont la germaniste Yvonne Bollmann vient de décrire les minutieux préparatifs allemands, unilatéraux, depuis 2016 (1), crée notamment une Chambre franco-allemande des députés qui est notamment chargée de « faire converger » les deux pays sur tous les terrains, économique, culturel et institutionnel. Dans les conditions du criant déséquilibre actuel entre Allemagne et France, ce traité signifie surtout l’accélération brutale de l’alignement français sur l’« ordo-libéralisme » à l’honneur outre-Rhin. Sous couvert d’intégration européenne et de rapprochement franco-allemand, la signature du traité annonce un puissant coup d’accélérateur aux contre-réformes qu’avait déjà préparé la phrase effarante prononcée par E. Macron au Conseil européen de Bruxelles (23 mars 2018) « Les réformes entreprises en France sont ce que nombre de nos partenaires, et en particulier l’Allemagne, attendaient depuis de nombreuses années, et à juste titre ». Cela se traduit ainsi…

    – sur le terrain social : par la privatisation d’EDF, de la SNCF, des aéroports, casse des retraites par répartition, des statuts publics et du Code du travail issus la Résistance ;

    –  sur le plan institutionnel : par la désarticulation de la République une, laïque et indivisible, et aussi par la résorption des 36 000 communes de France au profit des « métropoles » et de la régionalisation à l’allemande ;

    – sur le plan militaire : par la construction d’une armée dite européenne alors que le budget militaire allemand augmente à toute vitesse…

    – sur le plan culturel : par l’accélération de la casse de l’histoire, révisée sur le modèle idyllique du « Manuel d’histoire commun franco-allemand », caricature de propagande. Ce n’est toutefois pas l’allemand qui est promu par les deux oligarchies complices de Berlin et de Paris, et encore moins le français si malmené sur notre sol, mais le tout-globish du Traité transatlantique que relance actuellement le gouvernement Merkel (2).

    Tout cela a été facilité et sournoisement précédé par la récente fusion des deux départements alsaciens, en violation du référendum portant sur cette question, pour former une « collectivité unique » qui s’est immédiatement proclamée tournée vers l’Axe rhénan. En remerciement de quoi la dauphine désignée de Mme Merkel et future chancelière, Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK, vient d’exiger le transfert définitif du Parlement de Strasbourg à Bruxelles…

    Le retour de l’« Ordre nouveau » allemand

    France Allemagne 20190328En réalité, sous le masque défraîchi du « couple franco-allemand », dont le centre de gravité s’est définitivement décalé vers Berlin depuis l’annexion-Anschluss de la RDA (3), le démantèlement de l’URSS, la partition « démocratique » de la Tchécoslovaquie et le partage impérialiste violent de l’ex-Yougoslavie, le « partenariat » franco-allemand dissimule de moins en moins le phagocytage rapide de la France par son puissant voisin. Une servitude volontaire qu’ont formidablement renforcée la liquidation du camp socialiste européen, l’accélération de la « construction » euro-atlantique supranationale et la mise en place de l’euro, notoire prolongement, prévu depuis les années 1940, du deutsch Mark, et centré sur les besoins de la grande industrie allemande. Qui peut nier désormais que chaque étape de ladite « construction » européenne a été marquée depuis l’ère Schuman-Monnet de la Communauté européenne du charbon et de l’acier par un affaissement, voire par un écroulement du produire en France industriel et agricole, par la privatisation massive du secteur et des services publics à la française, par l’austérité sans fin imposée aux travailleurs de France, d’Allemagne et du reste de l’Europe, par l’humiliante oppression subie par les pays de l’Est et du Sud européens, tuteurés par la Troïka ou par ses succédanés.

    Sans parler de l’accélération permanente de la course aux armements dans le cadre d’une future confrontation militaire avec le peuple russe qui, même placée sous la tutelle provocante de l’impérialisme étatsunien, prend de plus en plus des allures de revanche sur Stalingrad. On est loin de l’hommage rendu par le Général De Gaulle, en visite à Moscou en juin 1966, à « cette grande Russie, que j’avais vue pendant le drame de la guerre, tendue dans l’effort guerrier qui devait assurer sa victoire [contre le Reich nazi], et pour une très large part, celle de la France et de nos Alliés ». Il l’avait dit clairement à Paris le 2 décembre 1944 : « Les Français savent ce qu’a fait pour eux la Russie soviétique et ils savent que c’est elle qui a joué le rôle principal dans leur libération ». Juste avant d’aller conclure à Moscou « la belle et bonne alliance » franco-soviétique visant à empêcher dans l’avenir l’Allemagne de menacer à nouveau la paix de l’Europe et du monde.

    La décomposition germano-atlantique de l’impérialisme français éclate à l’inverse dans la Lettre ouverte que M. Macron, qui se voit peut-être déjà en premier président de l’Empire européen (alias « Europe fédérale »), a adressée aux citoyens européens en court-circuitant le peuple et les députés français. A peine cette lettre condescendante et arrogante –conformément au discours jupitérien qui ridiculise notre pays à l’extérieur – était-elle parue qu’AKK a diffusé sa propre réponse traduite en plusieurs langues européennes : évidemment, elle renchérit sur la nécessité de l’intégration européenne, attendu que la construction de cet Empire (le mot est désormais froidement assumé par Bruno Le Maire (4)) serait hautement profitable à la « République de Berlin » qui la domine politiquement et économiquement de la tête et des épaules. Et cela est déjà en soi une fort mauvaise nouvelle pour tous ceux qui constatent que le retour en force du capitalisme allemand sur la scène géopolitique s’accompagne, dans toute l’Europe :

    1°) d’une banalisation-réhabilitation des extrêmes droites et des néonazis (à Kiev, dans les Etats baltes, à Budapest, sans oublier Vienne et le Bundestag où siègent désormais quatre-vingt-dix députés racistes),

    2°) d’une criminalisation galopante des partis communistes comme en Ukraine et en Pologne,

    3°) d’une répression accrue du mouvement ouvrier et démocratique : symbole de la fausse gauche, Alexis Tsipras a soutenu le projet de l’UE d’interdire pratiquement la grève en Grèce ; en France la répression des Gilets Jaunes bat de sanglants records).

    Macron, nouvel avatar de la grande bourgeoisie collaboratrice

    lettre aux Européens d’AKK 20190328La servilité de Macron à l’égard de Merkel, comme à l’égard de son autre grand suzerain méprisant, Donald Trump, a, selon la tradition, été fort mal récompensée par le maître allemand. Comme ce fut déjà le cas dans l’entre-deux-guerres puis en 1940, où l’oligarchie française, préférant Hitler à la République et au Front populaire, avait fait clairement le choix de la défaite – de même que Adolphe Thiers avait préféré la défaite et les négociations avec Bismarck à la résistance nationale populaire incarnée par les Communards en 1870-1871) , chaque courbette supplémentaire de la grande bourgeoisie hexagonale déclenche une cascade de nouvelles humiliations. Ainsi, la lettre aux Européens d’AKK ne se contente-t-elle pas d’opposer une sèche fin de non-recevoir au locataire de l’Elysée sur la plupart de ses revendications européennes : pas de mutualisation des « dettes souveraines », pas de politique de relance européenne, pas de partage réel de la gouvernance de la zone euromark, pas d’amendement des traités, pas d’européanisation de la protection sociale et du salaire minimal… La probable future chancelière renchérit : elle exige de transformer le siège français au conseil de sécurité de l’ONU en siège pour l’UE ; elle réclame en prime un « porte-avion européen », excellente couverture pour les retrouvailles officielles de l’impérialisme allemand avec l’affichage d’une posture militaire géopolitiquement offensive. Bref, c’est toujours la même alternative piégée : quand l’impérialisme allemand ne peut avancer trop ouvertement sous son nom, il joue au « meilleur élève européen » (selon l’excellente formule de l’historien Pierre Guillen) et réclame « plus d’Europe ». Quand il peut, de plus en plus ouvertement et fréquemment, se passer de l’avis des vingt-cinq autres pays en général, et de celui de son vassal français en particulier, il affiche cyniquement sa volonté d’avancer seul et célèbre les vertus de l’Etat-nation : « Le fonctionnement des institutions européennes ne peut revendiquer aucune supériorité morale par rapport à la coopération entre les gouvernements nationaux. Refonder l’Europe ne se fera pas sans les Etats-nations », affirme AKK. Berlin ne vilipende ainsi que le « nationalisme » des autres Etats, quand il s’agit de briser leurs résistances à l’hégémonisme allemand….

    Malgré toutes les humiliations subies et aussitôt ravalées, les gouvernements maastrichtiens qui se succèdent en France ne cessent de ramper (et comment n’en irait-il pas de même avec le RN au pouvoir, ce parti créé par des admirateurs proclamés de Vichy !). Craignant leur propre peuple jugé incurablement frondeur, ils n’ont cessé historiquement de se soumettre au grand protecteur germanique depuis que les Emigrés de Coblence ont compté sur « l’Europe » aristocratique pour anéantir la Révolution française et rétablir leurs privilèges. A partir des années 1970, avec une énergie renforcée par la haine des grévistes de mai-juin 1968, la grande bourgeoisie représentée par Giscard, puis par Mitterrand, a froidement sacrifié sa grande industrie (mines, sidérurgie, métallurgie…). C’était un des moyens de se débarrasser de la remuante classe ouvrière française qui avait fait 1936, fourni avec les FTP la majorité des effectifs de la Résistance intérieure, décisive dans la libération du pays, et animé tous les combats populaires depuis lors, Mai 1968 compris. Bien évidemment, le soulèvement calomnié et durement réprimé des Gilets Jaunes ne peut qu’encourager les oligarques « français » à rallier à 100% le Modell Deutschland qu’ils admirent tant. Quel « modèle » en effet que l’« Agenda » Schröder-Hartz avalisé depuis les années 2000 par les syndicats de collaboration de classes et par la social-démocratie : cet « enfer du miracle allemand » (5) a enterré, dans des conditions de violence anti-salariés inédite depuis les années 1933-1945, les acquis ouvriers des années où la RFA capitaliste était tenue en respect par la concurrence sociale de la RDA socialiste.

    Pour une France franchement insoumise : FREXIT PROGRESSISTE !

    Plus que jamais, cela signifie une marche accélérée à la liquidation de la France en tant qu’Etat souverain et indépendant, doté d’une industrie, d’une agriculture exportatrice (la lettre d’AKK est menaçante à l’égard de l’ainsi-dite Politique agricole commune), d’une structure administrative héritée de 1789, d’une langue internationalement partagée, sans parler des grands acquis laïques de 1905 et des conquêtes ouvrières du Front populaire et de la Résistance. Qu’importe aux oligarques « français » cette mort programmée de la France ! Qu’importe aussi à la fausse gauche, à l’extrême gauche bobo et aux états-majors syndicaux euro-formatés qui refusent d’affronter l’UE et qui répandent le mensonge éculé de l’«  Europe sociale, démocratique et pacifique ». Une UE sous condominium de Bruxelles, de Berlin, de Washington et de l’OTAN, qui ne promet plus que des contre-réformes, qui promeut le « dialogue institutionnel avec les Eglises », qui coopère sans pudeur avec des gouvernements nationaux fascisants et qui prépare la guerre antirusse dans le cadre d’une armée européenne arrimée à l’OTAN…

    Raison de plus pour les militants franchement communistes et franchement progressistes de France, mais aussi pour tous les véritables patriotes antifascistes, de dénoncer sans complexe l’écrasante et arrogante Europe allemande, comme le firent successivement Jacques Duclos et Georges Marchais. Raison de plus pour tendre une main fraternelle aux communistes et aux progressistes allemands, pour défendre l’enseignement de l’allemand et des autres langues dans notre pays, pour promouvoir l’Europe des luttes. Et surtout, pour réclamer sans circonlocution que la France sorte de l’euro, cette austérité continentale faite monnaie, de l’UE, cette prison des peuples, de l’OTAN, cette machine à attirer la guerre sur le sol européen, dans la perspective de sortir du capitalisme et de construire le socialisme dans notre pays. Haut et fort, il nous faut aujourd’hui associer de nouveau le drapeau tricolore au drapeau rouge, la Marseillaise à l’Internationale et reprendre le mot d’ordre central du programme « Les jours heureux » bâti par le CNR, qui y appelait à «  mettre le monde du travail au centre de la vie nationale » en faisant de la classe ouvrière et de ses luttes la championne de l’indépendance française. A l’heure où l’oligarchie strangule notre pays, c’est la meilleure stratégie possible pour isoler le grand capital, forger le rassemblement populaire majoritaire et construire les conditions de masse de la révolution socialiste !

    Georges Gastaud, philosophe, auteur de Marxisme et universalisme (Delga),
    Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris VII Denis Diderot,
    Fadi Kassem, professeur agrégé d’histoire,
    militants du Pôle de Renaissance Communiste en France

    ***********************************************************************************************************

    (1) Yvonne Bollmann vient d’en décrire les minutieux préparatifs allemands, unilatéraux, depuis 2016, dans une « tribune libre », « Traité d’Aix-la-Chapelle : de quel droit ? », 12 mars 2019) et son lien (https://www.xn--lecanardrpublicain-jwb.net/spip.php?auteur22 ).

    (2) Au point de déclencher la colère de l’ambassadeur de France auprès de l’UE, Philippe Déglise-Costa, en avril 2018 : https://www.nouvelobs.com/politique/20180426.OBS5780/agace-par-le-tout…

    (3) L’ouvrage de Vladimiro Giacché, Le Second Anschluss. L’annexion de la RDA (L’unification de l’Allemagne et l’avenir de l’Europe), Paris, Delga, 2015, mérite d’être connu des Français.

    (4) Le 9 novembre 2018, le ministre de l’Economie a publié sur Tweeter : « L’Europe doit s’affirmer comme un empire paisible dans les 25 années qui viennent. », position réaffirmée dans la presse allemande. Voir les liens suivants : https://twitter.com/BrunoLeMaire/status/1060812167182761984 et https://www.handelsblatt.com/politik/international/europapolitik-frank…

    (5) Olivier Cyran, Le Monde diplomatique,‎ 1er septembre 2017, et bibliographie https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9formes_Hartz

    source:https://www.initiative-communiste.fr/articles/pour-rendre-sa-souverain…

    via:https://www.legrandsoir.info/pour-rendre-sa-souverainete-au-peuple-francais-la-france-doit-sortir-de-l-euro-de-l-ue-et-de-l-otan-par-la-voie-progressiste-et.html

     

     

     

    https://reseauinternational.net/pour-rendre-sa-souverainete-au-peuple-francais-la-france-doit-sortir-de-leuro-de-lue-et-de-lotan-par-la-voie-progressiste-et-revolutionnaire/

     

     


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